‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 28 sur 204 · LIVRE TBENTE-QOATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TBENTE-QOATRIÈME

de Saiut-Louis écloppés. Cantille Desmoulins, qui peut être cru eu pareille maltère, porte le oombre des suspects, déjà mis en prison le 30 frimaire an II, — 20 décembre 1793, — trois mois après la mise en vigueur de la loi, à deuœ cent mille personnes '.

fil.

La loi des suspects resta longtemps el restera peutêtre toujours comme une tache sur le nom de Merlin, qu'on appelait de son temps Merlin- Suspect '. Sa participation à cette mesure odieuse ' lie fut pas d'ailleurs un fait isolé, en matière de persécution. Il eut aussi le malheur de rédiger le décret du 16 décembre 1 793 , coQtenant le mode d'exécution des décrets antérieurs contre les personnes mises hors la loi*.

■ K Ouvrez les prisons à ces deux cent mille citoyeta que vous appelez suspects, car, dans la Déclaration des Droits, il n'y a pas de maisons de suspicion, il n'y a que des maisons d'arrêt. « — Le Vieux Cordelier, n° IV. — Le 5 avril suivant, Camille Desmoulins montait sur l'écbafaud, pour avoir proposé son comité de ctémtnce.

3 Les comités révolutionnaires firent sortir de la loi des suspects tous les abus qu'elle conlenait en principe.

C'est ainsi qu'on Ri arrêter, en vertu de cette loi, tous les Anglais résidant à Paris, sous le prétexte qu'un habit qu'ils partaient, à taille carrée, ëlait contre-Tévolutionnatre. — Voir le Moniteur du 3 août 4793. Séance de la Convention du 1", dise, de Simond.

' La loi des suspecta fut rapportée le 2 octobre 1795, — Jfoni- (eur du 7.

* MoniUar du 20 décembre 1793.

jbïGoogIc

Il ne parait pas néanmoins que Merlin ait en dans l'àme cette passipn froide et farouche de Saint-Just, qui raisonnait le meurtre avec calme et l'exécutait avec impassibilité. La peur de se distinguer dans le bien lui dicta, comme à tant d'autres, ses actes les plus regrettables. Il y parut bien pendant la discussion de la loi du 22 prairial an II, — 10 juin 1794, — qui. retirait le droit de défense aux personnes traduites devant le tribunal révolutionnaire.

S'il y eut jamais, pour un jurisconsulte , une occasion de prolester contre la violation de toute justice humaine ou divine, ce fut assurément la présentation de cette loi monstrueuse. Merlin n'osa pas. Saisi de frayeur, comme ses collègues, à la pensée que le Comité de Salut Public, armé de cette loi, semblait pouvoir envoyer au tribunal révolutionnaire, c'està-dire à la mort , les membres de la Convention , il appuya timidement, le 23 prairial, une protestation de Bourdon de l'Oise, ayant pour objet de maintenir inviolable le droit de l'Assemblée de renvoyer ou non ses membres au tribunal. Cette réclamation parut à Couthon et à Robespierre empreinte d'une audace inaccoutumée et dangereuse.

A la séance du 24 prairial , Robespierre fit contre cette motion, qu'il Tsonsidérait comme une censure intolérable, une sortie violente, et it alla jusqu'à menacer, à mots à peine couverts, Bourdon de l'Oise de l'échafaud. Merlin, éperdu de crainte, fit amende honorable, retira ses paroles, et termina en disant :

Page 1