‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 32 sur 204 · LIVRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

rance pour les opinions, plus de respect pour les croyances, plus de pitié pour les proscrils. Bien qu'elle eût été jusqu'alors spoliatrice dans ses procédés et stérile dans ses résultats, la République eût pu encore, à celte époque, ramener beaucoup d'esprits, là elle eût seulement consenti à ne pas tuer les gens qui pensaient autrement qu'elle.

Non-seulement Barras et le Directoire ne songé' rent point à porter quelque adoucissement au régime républicain, ce que la victoire du 1S fructidor, qui avait abattu les conspirations royalistes, rendait facile , logique et nécessaire : mais ils agirent comme s'ils avaient la pensée de l'aggraver.

Assurément , s'il était une réforme que la République eût pu faire sans s'affaiblir dans l'esprît d'aucun homme sensé , c'était celle de la grossièreté du langage. C'était mal servir les idées démocratiques de supposer qu'elles étaient incompatibles avec l'élégance et avec la politesse. L'ignoble bonnet rouge, emprunté aux. portefaix catalans du port de Marseille, venus à Paris avec les fédérés, n'avait pu fortifier les 'doctrines républicaines dans l'opinion de personne; et c'était assumer la responsabilité d'une persécution bien gratuite et bien ridicule, d'obliger les gens à s'habiller d'une façon plutôt que d'une autre, et d'interdire à ceux à qui elle pouvait convenir la qualification traditionnelle de Monsieur. Elle avait été proscrite, en 1792, par la commune insurrectionnelle du 10 août; et puisque les membres do

jbïGoogIc

cette commuDe avaient été guillotinés le 10 et le 1 \ thermidor, il n'était pas très-naturel de respecter les préjugés de ceux dont on ayai( frappé la politique.

Le Directoire, &em)il9 néanmoins attacher une grande importance à la conservation des oripeaux de la démagogie. Une circulaire du SS septembre 1797, signée par La Reveillère-Lépeaux, alors président, et adressée aux sept ministres, leur enjoignit de cbasser immédiatement de leurs bureaux tous les employés portant ces fameux habits carrés, qui avaient fait arrêter tous les Anglais comme suspects, en 1 793, et d'interdire d'une manière absolue, parmi les employés, l'usage de toute autre qualification que ce\]eà6 citoyen'.

Le pirectoire mettait une solennité puérile à proscrire ce qu'il appelait un poslume conforme à celui des ennemis de la gatrie, et à faire considérer comme indignes de travailler avec les minisires les messieurs qui dédaignaient de prendre ou de donner à autrui la qualification de citoyen.

Déjà de son temps, lorsque la RépubKque était imposée par les supplices, Saint-Just disait avec amertume : « I^ Révolution est glacée; tous les principes sont affaiblis ; il ne reste que des bonnets rouges portés par l'intrigue '. «'Qu'était-ce donc en i 797 ,

' Jlfontfeur du S6 septembre 1797.

> Saint'Iust, 3 juin, Fragment sur le» institutiom répvbli' Cflines, § b.

jbïGoogIc

LIVHE THGNTE-QUÀTRIËHE. 67

lorsque Mefliq songeait au duc d'Orléans et Barras à Louis XYIII? Nul n'avait sérieusement la République dans le cœur, et peutrétre est-ce pour cela que le Directoire voulait qu'on l'eût au moins dans les habits et dans le tangage.

Un arrêté du Directoire, du i" novembre, compléta la mesure et l'étendit à l'extérieur, en ordonnant aux ambassadeurs et aux consuls de ne se doqner et de ne recevoir officiellement d'autre qualité que celle de citoyen ',

Ajoutons que le ridicule de ces mesures ét^it assumé par le pirectoire en pure perte. L'opipioq publique raillait ces inutiles &évéri0s, et leur ôtait tonte efficacité par cela wême. Poussé au jEèle par }« Directoire, le département de Pans, par ^rrôté du 6 pluviôse an VU — 25 janvier 1799 — ' ftl placarder dans l'endroit le plus apparent de chaque bureau et dans tous les endroits publics cette inscription : ici l'on ft'qoNORE BU T>TR9 DB CITOYEN; mats quoique, par le même arrêté, on fût invité k proscrire le mot de monsieur dans les sociétés particulières, la mesure n'en fut pas moins l'objet des sarcasmes universel?, mémeenpubUç*,

Fermement attachée aux. ^ands et çux nobles principes de la {^évolution, l'opinioa publique étfiit

• Moniteur du i" novembre 1797.

3 Un débilant de tabac ayant placardé l'iDscription dans son bureau, en exécution de l'arrêta du département, y avait ajouté] — tl Ton fume. [Journal hiêtoriqut dt la Bivolution, t. U, p. KiEt.)

jbïGoogIc

médiocrement disposée à respecter ses excès ou ses ridicules; à plus forte raison était-elle encore moins disposée à les diviniser dans des fêtes ridicules.

L'uue des visées les plus révoltantes du régime révolutionnaire, et la plus contraire au principe même .de la Révolution , qui était une pratique plus sincère et plus large de la liberté, ce fut assurément la persécution dirigée contre les croyances catholiques, croyances traditionnelles en France et enracinées dans le cœur du peuple. Les esprits mé- <Uocros, les philosophes maniaques , certains échappés de séminaire, poursuivis par le spectre de la soutane qu'ils ont traînée, ne se sentant pas assez d'honnêteté et de courage pour la porter, peuvent méconnaître ce que les croyances ont de respectable, au point de vue religieux, et de puissant , an point de vue politique. Les esprits élevés et clairvoyants ne tombent pas dans cette double faute , ou n'y persévèrent pas.

Robespierre, qui n'avait pas un grand génie, mais qui dominait de beaucoup la foule de ses vulgaires collaborateurs, fit ce qu'il put pour mettre les croyances à l'abri de la persécution. Dans la mémorable discussion qui eut lieu aux Jacobins, sur une motion anti-religieuse d'Hébert, à la fin de novembre 1793, Robespierre fit entendre ces paroles sévères :

jbïGoogIc

Page 1