‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 37 sur 204 · LIVRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

était divinisé ; c'est pour cela qu'on lui dédia uue féle.

La plus mémorable de toutes fut celle qui suivit l'attentat, la fête du 10 Août 1793. Elle fut confondue avec celle de la Fédération, qui n'avait pu être célébrée l'année précédente. Le plan de cette fête avait été dressé par le comité d'instruction publique de la Convention.

Elle comprenait une marche immense par la multitude comme par le parcours, avec cinq stations, dont la première était la Fontaine de la Régénération j sur la place de la Bastille , et la dernière V Autel de la Patrie, au Champ de Mars.

11 suffira, pour donner une idée de l'esprit dans lequel cette fête était conçue, dg rappeler la signification que ses auteurs avaient attachée aux différentes stations qu'elle comprenait.

 la première station, la Fontaine de la Régénéra-, tion était représentée par la Nature, qui, pressant de ses mains ses mamelles fécondes, en faisait jaillir une' eau pure et salutaire.

Les quatre-vingt-six commissaires envoyés par les départements devaient boire de cette eau, l'un après l'autre. Toutefois, le président de la Convention devait donner l'exemple, après avoir, par une espèce de libation, arrosé le sol de la liberté.

A la deuxième station, qui était placée sur le boulevard Poissonnière, le cortège devait s'adjoindre les héroïnes du 5 et du 6 octobre 1789, c'est-à-dire les

jbïGoogIc

mégères qui allèrent à Versailles , sous la conduite de

Maillard et de Théroigne de Méricourt.

La troisième- station avait lieu sur la place de la Révolution , sur les débris du piédestal de la statue de Louis XV, où la mémoire du tyran (Louis XVI) devait être vouée à l'ex.écration publique.

La quatrième station était marquée sur la place des Invalides. Sur une haute montagne, on devait voir une ^gure colossale représentant le peuple français. VAmbitieua) Fédérali&me, sortant d'un maroÀs fangeim, d'une main écartant les roseauo}, s'efforçait d'arracher, de l'autre^ une portion de la montagne; mais \e peuple français prend sa massue, le frappe, et le fait rentrer dans aet eauip crùupi$$ante3.

Quelques traits B^tlants oaraotérisaient la pensée, vaguement empreinte de paganisme, qui dominait dans cette cérémonie.

. Les élèves de l'Institution des Aveugles, trainés sur m plateau T<mlantj représentaient le malheur ho^ 'noré.

Une charrue , sur laquelle étaient assis m viçillard et sa vieille épouse, trainés, par leurs propres enfas4s, présentait, dit le programme, l'exemple touchant de la piété filiale et de la vénération pour la vieillesse,

Chénier fut l'orateur chargé de prononcer les cinq discours aux cinq stations, et le sixième en l'honneur des guerriers morts pour la patrie.

Peu de pages sont aussi navrantes que cet abaïs-^ sèment d'un esprit qui n'était pas sans noblesse et

jbïGoogIc

LITRE TRENTB-OUATRIÈHE. 79

saDs graifdeqr^ devant les crimes de la Révolution.

Ce n'était qu'une chose puérile d'invoquer la Nature, SQMS I9 fornie d'un^ fontaine de plâtre et de moellons, et de s'écrier, en présence des flots de la Seine : « Souveraine du sauvage et des natioas éclairées, 6 Nature! ce peuple ipMpenEe, rassemblé aux premiers rayons du jour devant ton image, est digne de toi. C'est dans tes sources sacrées qu'il a recouvré ses droits. Reçois les serments que te fait la France en ce jour, le plus beau qu'ait éclairé le soleil depuis qu'il a été suspendu dans l'immensité de l'espace. »

C'était une chose triste d'entendre le poëte qui devait flétrir les actes de Tibère , honorer , dans Ip souvenir du 5 et du 6 octobre, ceux de Jourdan Coupe-Tète; et celui qui avjiit promis de célébrer la gloire ' de Louis XVI, célébrer les bourreauit ((u %i janvier!

FÊTE DU 31 JiHTIBR.

La fête du 21 Janvier, instituée en 1794, avait été l'occasion de sentiments si hideux et de faits si

t Dana ane Épftré adreesëe A Louiq XVI, en 4790, Chénier disait:

Famille de bons ni» , bélts t trop peu nombreuse ! Louis doit les rejoindre tu temple de Mémoire , Et ma cbants quelque jour célébreront H f^mni

otzscii/GoogIc "

horribles , que l'idée seule de participer à sa célébration aurait d& révolter toutes les âmes honnêtes.

Le projet de l'institution de cette fête fut formé et adopté au club des Jacobins, le 30 janvier 1794, sur la proposition de Couthon. Il fut résolu que, le lendemain 21 , tous les membres assisteraient à la séance en bonnet rouge, le président ayant la pique à la main , et qu'on se rendrait à la Convention , avec une députation de la Commune et de la garde nationale , pour solliciter un décret qui instituât sa commémoration annuelle '.

' La députation se présenta en effet, précédée d'une musique militaire qui se rangea sur l'un des côtés de la salle, et joua des airs patriotiques pendant le déûlé.

L'orateur jacobin s'exprima ainsi : « Représentants' d'un peuple libre, c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort légale du tyran. Un si beau jour, qui retrace aux âmes républicaines un acte ordonné par la raison et par la nature, comme le premier pas du bonheur pour l'humanité entière, doit être célébré par tout homme qui sait apprécier sa dignité.

» La société vous invite à décréter que cet anniversaire sera célébré tous les ans et consacré à la Liberté. »

Le président de ta Convention, qui était Vadier, fit aux jacobins un accueil digne d'eux et de la circonstance qui les amenait, leur disant, entre autres

t Moniteur du S3 janvier nvi. — Séance des Jacobine du SO.

jbïGof>glc

Page 1