LIVRE TRENTE-CINOUIÈME
dépouilles des églises et les contributions levées par les proconsuls.
La dette inscrite sous Louis XVI remontait à Louis XIII, et avait mis près de deux siècles à se former. Elle résumait les frais qu'il avait fallu faire, sous quatre règnes, pour créer les ports, les places fortes, le matériel naval, l'artillerie, les canaux, les manufactures, les monuments, tels que les Invalides, l'Observatoire, le Louvre, Versailles, ainsi que pour couvrir les dépenses des grandes guerres du dix-septième et du dix-huitième siècle, auxquelles la France dut l'agrandissement de son territoire et de son influence.
« Louis XIV, dit Voltaire, dépensa 18 milliards, ce qui revient, année commune, à 330 millions d'aujourd'hui, en compensant l'une par l'autre les augmentations et les diminutions numéraires des monnaies '. »
Si l'on compare cette somme de 330 millions par an aux travaux gigantesques exécutés par Louis XJV, aux trois cents places de guerre réparées, aux trentetrois places neuves créées, aux fortifications de tous les ports, depuis Toulon jusqu'à Gravelines, on reste convaincu que jamais finances ne furent mieux administrées que les siennes; et si l'on considère que la monarchie, pour fonder les établissements militaires, maritimes, commerciaux , scientifiques, littéraires de la France, pour étendre ses frontières, pour établir 'Voltaire, SiécledeLouisXlV,t.ll, ch.xxx, p. Î35; édil. deKehI.
98 HISTOIRE DU DIBECTOIRE.
. son influence , ue légua que 3 milliards de dette à l'avenir, taudis que la Constituante, la Législative et la Convention, pour ne laisser après elles que des ruines , avaient créé en sept ans une dette de 40 milliards, soldée par la banqueroute, on est forcé de conclure que la mémoire des ministres des finances de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI a été bien solennellement vengée par les ministres des finances de la Révolution.