LES RENTIERS ET LE GRAITD-LITRE
Les rentiers étaient, depuis le commencement de la Révolution, la classe de citoyens qui avait le plus souffert du désordre des finances. Leur nombre s'élevait à quatre-vingt-dix mille , lors de la création du premier Grand-Livre, au mois de juillet 1794 ' , et ils étaient presque tous Parisiens. La vérité oblige à dire que, par aveuglement et par égoïsme, ils avaient puissamment contribué aux maux de la France, dont ils avaient leur bonne part.
Ce n'est ni le moment, ni le lieu de rappeler, par le menu, les causes qui décidèrent les clubs de Paris à demander, au mois d'octobre 1789, que le roi, la reine et l'Assemblée constituante fussent transférés à Paris , projet exécuté te 6 , par l'égarement de la garde nationale et la faiblesse de La Fayette : mais
' Moniteur du 3 juillet 479*. Séance de la CoDvention du t.
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LIVBE TRENTE-CINQUIÈME. 99
ii est permis de rappeler que les rentiers parisiens furent au nombre des plus ardents promoteurs de la mesure. Craignant que le roi ne se décidât à renvoyer l'Assemblée et à pourvoir au déficit du Trésor eo suspendant le payement des rentes, ils n'eurent pas de cesse que le gouvernement tout entier ue fût amené comme en otage au milieu d'eux ; et ce fut leur pression énergique, jointe à celle des clubs , qui décida la saisie des biens du clergé, dans laquelle ils se plaisaient à voir la caution de leurs titres et la garantie du crédit public.
Après la saisie des biens du clergé vint la saisie des biens des émigrés et des condamnés; mais tout cela n'empêcha point le payemeDl plus qu'irrégulier des intérêts de la dette, et finalement la banqueroute. Si l'on considère qu'indépendamment des souffrances causées aux rentiers par l'impuissance du Trésor, les rentes étaient encore, en 1794, le gage de l'État pour les impositions ' , et qu'elles restèrent jusqu'à la création du second Grand-Livre, au mois de décembre 1 798 , le gage des créanciers , on aura la mesure de la misère éprouvée par près de cent mille familles, réunies à Paris pour la plupart, et presque toutes étrangères soit à l'agriculture, soit au commerce.
Les créanciers de l'État comprenaient', avant 1 789, plusieurs catégories; la suppression et la liquidation
■ MonUntr du 3 jnillet 179i. Séance de la Coavention du 3, rapport de Cambon.
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des offices et des renies coastituées sur des terres saisies par l'Ëlat ajoutèrent encore à ces catégories. La diOicullé de se reconnaitre dans des comptes si compliqués suggéra la création d'un registre unique, dans lequel tous les porteurs de titres de rentes seraient ioscrits, après constatation de la régularité des titres ou liquidation des créances ; ce registre s'appela le Grand-Livre.
Sa création concourut puissamment à la simplicité et à la clarté de notre comptabilité Snaocière. Il fut achevé et il fonctionna officiellement le 2 juillet 1 794, Gambon étant ministre des finances '.
Il constatait une dette perpétuelle exigeant un service annuel de 1 00 millions d'intérêts , et inscrite au nom de quatre-vingt-dix mille porteurs de titres *.
La dette viagère n'était pas encore liquidée à cette époque. Quantité de créances légitimes, en cours de liquidation, n'y figuraient pas non plus; et tel fut le désordre qui s'ajouta, à partir du mois de juillet 1794, à tous les désordres précédents, qu'il fallut, opérer, quatre ans plus lard, une liquidation nouvelle et générale de la dette publique, et créer un nouveau Grand-Livre entièrement distinct du premier î.
Il fut achevé et il fonctionna officiellement le 8 ni-
' Moniteur du 3 juillet 1794.
^ Le rapport de Cambon constate que sur le nombre de 90,000 rentiers, il y avait à déduire les émigrés et les suspecls. ' Le nouveau grand-livre ne contenait pas la dette viagère. Le livre déjà exiglant pour cette dette fut conservé.
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