‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 5 sur 204 · LIVRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÈME

C'est même mal parler de dire qu'il l'avait prise ; elle s'était naturellement personnifiée en lui, à raison de ses qualités, et plus encore à raison de ses défauts.

Il possédait, comme La Fayette, avec plus de relief et d'une manière plus pratique, les aspects par lesquels il se rattachait aux partis extrêmes de cettie époque.

Il avait sauvé deux fois la Convention : le 9 thermidor, contre les terroristes de Robespierre ; le i 3 vendémiaire , contre les sections parisiennes du général Danican. Une histoire un peu correcte aurait pu rapporter le mérite de la première délivrance au gendarme Méda, et le mérite de la seconde au général Bonaparte; mais le préjugé contemporain le gratifiait exclusivement de l'un et de l'autre. C'était assez pour lui. L'histoire peut dominer dans l'avenir; mais le présent appartient à la prévention.

Tout récemment, Barras venait, par le coup d'État duOix-Huit Fructidor, d'arracher les résultats,' encore mal assurés, de la révolution, à une restauraticm violente de la monarchie, préparée par la trahison et par la véaalité.

Il pouvait donc prétendre avec justice à la gratitude des partis révolutionnaires, et même à celle des légitimes intérêts de la révolution.

D'un antre c^té , si Barras était tout aussi démagogue que ses collègues , il l'était néanmoins d'une

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i HISTOIRE DU DIRECTOIRE,

manière différente, comme un ancien gentilhomme qui avait été capitaine dans le régiment colonial de Pondichéry , et qui avait eu un frère tué dans l'armée de Coudé.

La veille de sa mort, dans la rue de Chaillot, en 1829, Paul-François, comte de Barras, se faisait toujours appeler citoyen Barras par ses amis; mais SCS laquais portaient le bas de soie et lui parlaient à la troisième personne.

Carnot, Rewbell, La Réveillère, Merlin, montraient dans leurs opinions la froide et sérieuse véhémence de bourgeois parvenns par le travail ; Barras tempérait les siennes par la légèreté des hommes de sa classe et par le scepUcisme de son temps. Il ne croyait pas plu& en Dieu que La Réveillère; mais il avait sur lui l'avantage de ne pas croire à la philosophie. Il n'aurait pas rouvert les églises fermées, mais il n'aurait pas fermé les églises ouvertes.

On ne pourrait pas dire que Barras avait une opinion; mais il possédait, ce qui est aussi rare et peutêtre plus méritant dans les époques troublées, la tolérance de toutes les opinions honnêtes. 11 n'avait ni peur d'un jacobin, ni horreur d'un émigré.

Deux, choses surtout élevaient Barras au-dessus

de ses collègues , et lui assuraient une acrtion directe

sur la société : il avait l'instinct des deux besoins

les plus profonds de son temps, qui étaient la re-

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