‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 51 sur 204 · LIVRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-CINQUIÈME

Voltaire en fit l'objet de sa correspondacce générale, a Je suis BDchaolé des édits sur les corvées et les maîtrises, écrit-il le 45 mars 1776. Od a eu bleu raison de nommer le lit de justice le lit de bienfaisance '. Lorsque M' Séguier lui dit qu'il était à craindre que le peujde ne se révoltât, parce qu'on lui ôtait le plaisir des corvées et qu'on le délivrait de l'excessif impôt des maîtrises ', le roi se mit à sourire, mais d'un sourire très-dédaigneux '. »

Cependant l'enthousiasme de Voltaire ne tarda pas à se calmer. Les corvées avaient été mal jugées. Comme il faut des chemins , la question se réduisait à savoir si , pour les construire et pour les entretenir, les propriétaires ruraux ont plu» d'intérêt à contribuer en argent ou en travail. L'expérience a prouvé en faveur du travail, au moins pour les petits propriétaires et pour les paysans qui aiment mieux, et ils ont raison , gagner la valeur de leur contribution que la débourser.

Aussitôt les corvées abolies , on cessa de travailler aux chemins. Il fallait du temps pour dresser les rôles des contributions destinées à remplacer le tra-

' Le parlement de Paris avait refusé d'enregistrer les ëdils. Ils durent être enregistrés en lit de justice, c'est-à-^lire du très-exprès commandement du roi.

> L'impût des maîtrises, verse tout eolier dans la caisse des corporations, produisait environ 13 millions. — Bailly, Biitoire fitumotère de la France , t. Il , p. 43S.

* Voltaire, Comtfondanee générale, lettre à H. Wasaelier, 15 mars 4776.

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vail en nature. Voltaire prit la plame et avoua sa

déconvenue avec assez de bonne grâce :

« Ayant vu que nos États n'avaient point encore pu asseoir la contribution nécessaire pour suppléer à l'abolition des corvées; que la propriété du pays rendait cet impôt extrêmement difficile-, que, pendant ces délais, le grand chemin de Ges à Genève esl devenu impraticable en plusieurs endroils, el que ce n'était plus qu'une longue fondrière : pressé par ces circonstances, j'ai fait assembler la colonie de Ferney. Chacun a offert un peu d'argent ou sa peine '.

» On a donné depuis un écu jusqu'à trois sous. J'ai

, fourni mes chariots, mes bœufs, mes chevaux, mes

domestique»^ mes manœuvres, ma contribution; tout

le mondea travaillé avec allégresse, et, en dix jours,

le chemin a été solidement réparé *. »

Peu de temps après la sortie des affaires de Turgot ^ , qui fut remplacé au contrôle général par M. de Clugny, le 20 mai 1776, les édits qui abolissaient la corvée et les maîtrises furent rapportés; mais l'Assemblée constituante les abolit de nouveau, les maîtrises et les jurandes le 16 février 1791 *, et les corvées le 2 mars 1 792 ".

' Là était la solution du problème, telle que l'expérience l'a ëlablie. On fait aujourd'hui sa corvée ou en argent, ou ea travail , à son choix. ^ Voltaire, Correspond, génér., lettre à M, Dupont, 20 mars 1796. ^ Turgot entraau ministère de la marine en mai 1774, et au contrôle général des finances, où il remplaça l'abbé Terray, le Î4 août 1*774.

* jMwiiïeur du 17 février 1791.

* Moniteur du i mars 1792,

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Le temps a conârmé l'abolittoo des jurandes et des maîtrises, nées dans l'enfance du commerce el de l'industrie, et qui étaient devenues un obstacle au travail. Il n'en a pas été de même des corvées, et l'effet de leur abolition fut, après le décret de Ja Constituante , ce qu'il avait été après l'édit de Louis XVI, c'est-à-dire l'abandon complet des travaux sur les chemins et leur complète détérioration.

Il y avait,, en 1797, cinq ans qu'on ne travaillait plus aux routes. Elles n'étaient plus , comme le chemin de Voltaire, qu'une longue fondrière. Les courriers et les diligences avaient peine d'arriver, même à Paris, dont,,par surcroit, les barrières étaient infestées de brigands qui dévalisaient les voyageurs '. La reprise du travail sur les routes était donc devenue une imp^ieuse nécessité; et, comme il fallait prê- • cher d'exemple , on put lire ces étranges lignes dans \e Moniteur du 26 venlôse au VI — 16 mars 1798 — :

« Aujourd'hui, les douze municipalités de Paris, ayant à leur tête l'administration centrale du département de la Seine, se sont rendues sur la route d'Orléanspowr travailler à laréparation des chemins*. »

On pense bien que les douze maires, avec leurs chapeaux à plumets et leurs écharpes, ne durent pas pousser la brouetic plus efficacement que les marquis et les jolies femmes qui travaillèrent, en 1792, au

' Voir, au ifoniieur du 15 etdu<e"déceiiibre<797, le Message du Directoire, relatif à ces brigandages.

s Moniteur an 16 mars 1798,

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no HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

Champ-de-Mars , avec des hommes de lettres et des moines, au transport des gazons de l'aulet de la patrie.

Cest à un pareil état de choses, mortel à l'agriculture et au commerce , que rétablissement d'un droit de passe sur les routes se proposait de remédier.

Des barrières, établies de distance en distance, avec des bureaux, prélevaient un droit de péage sur toutes les voilures de voyage ou de roulage, suspendues Ou non, ainsi que sur tous les chevaux ou mulets, attelés ou menés à la main. En établissant ces barrières, le gouvernement se proposait d'en affermer le produit.

L'invention de ces barrières n'était ni neuve, ni heureuse. Elle était empruntée aux époques les moins bonnes du moyen âge, lorsque la féodalité, encore indépendante, rançonnait les voyageurs. Tous les* rois énergiques et populaires, Louis le Gros, Louis XII etFrançois I", réduisirent le nombre de ces barrières ou les abolirent. C'était donc une mauvaise solution du problème de là viabilité, au point de vue des principes, et c'était un triste expédient financier, au point de vue de la pratique. Faire obstacle à la circulation des marchandises et des voyageurs était un mauvais moyen de développer les revenus publics.

En général, tous les budgets, de 1789 à 1800, furent frappés d'un vice radical , qui leur venait du .gouvernement; c'étaient le désordre, la violence et l'instabilité. Le budget de 1797 avait, en outre, son

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