LIVRE TRENTE-CINQUIÈME
vice Spécial; c'était de reposer sur cette hideuse ban- ^eroute, que Mirabeau montrait aux portes de la Révolution.
Quel fondement pouvait-on faire sur les impositions territoriales, sous un régime de réquisitions, qui enlevait les bras on les animaux à l'agriculture? sous un régime de séquestre , qui laissait dans l'immc^ilité, dans la stérilité la plus grande partie des terres des émigrés ?
Que pouvaient donner les douanes , quand on avait déclaré la guerreà toute l'Europe? Que pouvaient donner les postes, lorsque toutes les lettres étaient décachetées, et qu'un billet écrit à une personne suspecte conduisait en prison ou à l'échafaud? Que pouvaient donner tes impôts de consommation, sous un régime qui avait tué le travail et le crédit en tuant les banquiers, les capitalistes, les n^ociants; qui avait déjà annulé quarante milliards d'assignats en circulation, et qui annulait encore trois milliards de titres de rente, par une série de banqueroutes sans exemple dans l'histoire financière du monde?
Eût-on fait autrement, si l'on se fût ouvertement proposé de suivre les plans financiers de Danton , qui disait à Pmdhomme : « Lorsqu'une révolution est terminée , la meilleure manière de régler les comptes est de brûler les livres. " Encore pouvait-on dire du Directoire qu'il bnllait certainement les livres, mais qu'il ne terminait pas aussi certainement la révolution.
jbïGoogIc
Si Ton résucùe la situation générale dans laquelle le coup d'État du 18 fructidor plaçait le Directoire, au début de l'an VI ' , on trouve donc que ses principes moraux n'étaient pas de nature à lui gagner les esprits, et que ses principes administratifs étaient de nature à lui aliéner les intérêts.
Quelque violentes qu'eussent été les suites de la victoire remportée sur les conspirateurs du club de Clichy et des deux Conseils, l'opinion publique était prête à les lui pardonner, pourvu qu'il les fit tourner au profit de la paix publique. La France soupirait après l'ordre matériel et moral ; les souffrances l'avaient rendue égoïste, et l'abus des conspirations ne lui laissait que bien peu de pitié pour l'ambition et pour la turbulence châtiées. Toute la politique à suivre était évidemment contenue dans cette phrase d'une lettre de Bonaparte, écrite au nouveau Directeur, François de Neufchâteau : « Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon gouvernement *. »
Malheureusement pour le Directoire et pour la France , ce n'est pas cette politique êî sage qui sera suivie.
' On sait que le comput républicain faisait commencer l'année le 23 septembre. L'an VI allait donc du ii seplembre 1797 au t\ septembre 4798. Le 18 fructidor an VI correspondait au i septembre 1797.
* Bourienne, Mémoires, t, 1, chap. xvii, page 266.
jbïGoogIc