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Boulay posait en principe qu'une noblesse possédant des privilèges et des individus investis d'avantages de naissance, étaient incompatibles avec le régime républicain.
En ce qui touche les républiques les plus célèbres et les plus puissantes, dans les temps anciens et modernes, la proposition de Boulay n'était pas exacte; la république romaine, la république de Venise et celle de Gênes ayant précisément été fondées sur l'existence d'une noblesse privilégiée et héréditaire.
En ce qui louche la république française, on pouvait accorder à Boulay ses prémisses , mais en lui faisant observer qu'il n'en aurait su tirer aucune conclusion. Les privilèges nobiliaires étaient incompatibles avec la république française, soit; mais comme ces. privilèges n'existaient plus, que la constitution n'en reconnaissait aucun, et que personne n'y prétendait, ii ne pouvait y avoir lieu de s'en occuper, surtout pour ies imputer à crime aux familles qu'on en avait dépouillées.
En second lieu, Boulay empruntait à la discussion du rapport de Gay-Vernon cette proposition, que les nobles faisant partie d'une corporation étrangère, fondée sur des distinctions de naissance, ne devaient pas être regardés comme citoyens français.
Dans cette proposition, le point de fait était sans fondement sérieux. L'ancienne noblesse française ne faisait point partie d'une corporation étrangère. Il
n'y avait aucun pays dans lequel un noble Irançais pût, en vertu de sa noblesse, exercer ou réclamer aucun droil civil, politique, financier, ou autre. Hors de France, un noblefrancaisavait toujours étéunétranger.
D'ailleurs, il fallait revenir à dire qu'en France, et aux termes de la constitution, la noblesse n'était qu'un mot; que la constitution ne reconnaissait pas deux classes de citoyens, et que la loi du 3 brumaire an III , relative aux parents et alliés d'émigrés , avait même indiqué la forme en laquelle les anciens nobles pouvaient exercer tous lés droits du citoyen, élire et être élus.
Après avoir exposé ces principes généraux, Bouiay de la Meurthe entrait dans ce qu'on eût pu ^ appeler des récriminations contre la noblesse.
Il hii reprochait de s'être toujours montrée hostile à la République, depuis l'origine de la Révolution; et, par République, Boulay entendait un régime pariementaire , fondé sur l'égalité civile.
Ce reproche, Boulay ne pouvait pas l'ignorer, était souverainement injuste. Depuis la réunion des notables jusqu'à ta réunion des Etals généraux , la Noblesse avait repoussé pendant deux ans, il est vrai, les réformes proposées par Louis XVI : mais les représentants de la noblesse française , une fois réunis à Versailles, accélérèrent, loin de l'arrêter, le mouvement démocratique. On dut à leur initiative, le 4 août 1789, l'abolition de la féodalité; le 1 9 juin 1 790 , l'abolition de la noblesse.
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C'est encore au concours du côté droit qu'avait été due toute la partie de la constitutiOQ qui enlevait le pouvoir dirigeant à la royauté pour l'attribuer au Corps Législatif, comme l'art. 5 du. titre I", qui refusait au roi le droit de dissoudre l'assemblée; l'article i" du chapitre III, qui réservait exclusivement à l'assemblée le droit de proposer les lois; enBu , l'article 2 de la section III du même chapitre , qui n'attribuait qu'un caractère suspensif au refus du roi -de sanctionner les lois.
C'est donc la noblesse elle-même qui, sans le savoir et sans le vouloir peut-être, avait placé la monarchie sur le plan incliné de la constitution de 1791 , au bas duquel était la république; c'est elle qui l'avait désarmée de tons les moyens constitutionnels de défendre le trône et l'ordre public contre les empiétements de l'entralnenient parlementaire et les tentatives violentes des ambitions extérieures.
Reprocher à la noblesse, comme le fit encore Boulay , de descendre des barbares conquérants de la Gaule , tandis que le peuple serait descendu des Gaulois conquis, c'était répéter une hypothèse historique fort accréditée parmi les lettrés du dix-huitième siècle, quoique dépourvue de tout fondement sérieux. ; mais lui reprocher d'avoir systématiquement - plongé la France dans la barbarie, c'était dire qu'on n'avait pas lu les monuments httéraires les plus importants de notre langue, écrits par des
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m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
gentilshommes, depuis Ville-Hardoin et Joinville jusqu'à Saint-Simon ; qu'on avait détourné les yeux pour ne pas voir les châteaux, monuments des arts, qui couvraient le sol; qu'on avait oublié les tournois et la cour, foyers actifs et féconds de la politesse des mœurs et de l'élégance du langage.
Indépendamment de ces thèses générales et historiques , dans lesquelles le rapport de Boulay allait chercher des armes contre l'ancienne noblesse, il en abordait d'autres , contemporaines et brûlantes, auxquelles les passions déchaînées pouvaient alors attribuer ' quelque valeur , mais ddht l'impartiale postérité a déjà fait justice.
On reprochait à la noblesse d'être la cause de la guerre générale , tandis que Robespierre , Marat el le parti des Montagnards , opposés à la guerre , n'avaient cessé d'en faire remonter la responsabilité aux utopies et à l'ambitioii du parti de Brissot et des Girondins, tout- puissants à l'époque où la guerre fut déclarée.
On lui reprochait d'être la cause du soulèvemeni de la Vendée, tandis que ce soulèvement, d'origine exclusivement populaire, avait été occasionné, au mois de mai 1793, parle refus des paysans bretons d'obéir à la loi qui ordonnait une levée de trois cent ' mille hommes; et si la noblesse, les d'Elbée, les Lescure , les Bonchamps , les I.a Rochejaquelein ,
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