‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 67 sur 204 · LIVRE TBBNTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TBBNTE-SEPTIÈME

prirent le commandement des armées vendéennes, ce fut à la sollicitation active, exigeante, presque impérieuse, des paysans, et placés au-dessous du garde-chasse StofHet et du charretier Cathelineau. Pour ce qui est de reprocher aux ci-devant nobles d'avoir été les principaux auteurs des maux et des crimes de la Révolution , c'était une concession aux préjugés et aux passions démagogiques, peu digne d'un homme aussi consciencieux et aussi honorable que Boulay. « Ils savent tirer parti, disait-il, des maux que la Révolution a occasionnés, des crimes qu'elle a fait commettre , de la lassitude et de l'affaissement qu'elle a produits dans un grand nombre d'esprits. Ces maux et ces crimes sont principalement leur ouvrage. »

Boulay savait qu'il n'en était rien , et que les nobles n'avaient pu trouver aucun plaisir à s'expatrier, à s'exproprier et à se guillotiner eux-mêmes. Que huit années d'émeutes , de misère , d'angoisses , eussent fini par lasser les esprits, et enlevé leur prestige aux meneurs révolutionnaires, c'était fort - naturel-, les nobles n'avaient pas besoin de signaler ces résultats au pays-, il n'avait que trop de raisons de s'en être aperçu de lui-même.

Le rapport de Boulay contenait un aveu sincère, mais étrange à cette époque , et qui aurait dû faire comprendre aux moins clairvoyants que la tendance générale des peuples n'était pas pour les persécutions.

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K Les nobles, disait-il, ont encore en leur faveur une espèce de prestige qui eo impose au vulgaire. Ils étaient tout dans l'ancien régime, réunissant l'ancieDneté de la race , la prééminence des distinctions, l'étendue du crédit, la grandeur de la fortune... On ne se défend pas encore de ce reste de vénération. Quand un de ces ci-devant nobles parait au milieu de la foule , il n'y est pas encore apprécié à sa juste valeur '. »

C'est que la foule, qui jugeait sans haine, respectait dans la personne, quelquefois peu méritante, de tel ou tel noble, les services que la noblesse avait rendus au pays. L'individu bénéficiait du lustre de la famille, et le petit-fils obscur empruntait un peu de son éclat à rillustration de i'ancètre. Des hommes qui s'appellent Du Guesclin , Bayard , Richelieu, Turenne, Colbert, Duguay-Trouin , d'Assas, Marceau, des Ais, Mural, Lannes, Ney, Berthier, Soult, amassent autour de leurs noms une gloire que leurs familles n'épuisent jamais; et Boulay lui-même conquit par trente ans de labeur consciencieux et éclairé cette notoriété de talent, de patriotisme et d'honneur, qui double le patrimoine, quand on l'a, qui le supplée, quand on ne l'a pas, et qui est aussi une noblesse 1

Dès l'ori^ne des sociétés, et dans la plupart des pays, la noblesse fut investie de privilèges plus ou moins étendus; mais ces privilèges constituaient son

< Rapport de Boulay de la Meurthe , Montieur du 1 9 octobre 1 797.

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