‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 71 sur 204 · LIVRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SEPTIÈME

Boulay de la Meurthe lut son rapport. L'effet sur le public en fut immédiat et terrible.

Il éclata simultanément, et avec la même énergie, au sein du Corps Législatif et dans la presse.

Serres, député des Hautes-Alpes, demanda la mise à l'ordre du jour du rapport de Boulay, à la séance du 1 8 octobre, et il motiva ainsi sa motion :

« Vous ne devez pas prolonger indéfiniment l'inquiétude générale que ce projet a répandue dans le public, non-seulement parmi les individus qu'on veut proscrire, mais encore parmi les meilleurs citoyens.

» Pour ce qui me concerne, je déclare que mes alarmes sont telles , que-j'aperçois dans ce projet le développement de la plus horrible tyrannie qui ait encore pesé sur les hommes. J'y retrouve l'organisation du système dépopulateur de Robespierre, sous des formes en apparence moins sanguinaires, mais également meurtrières, et cent fois plus cruelles ; on y découvre aussi l'exécrable génie fiscal de ce tyran, et l'horrible terreur qui marche à sa suite.

» Il faut d'ailleurs que la France sache bientôt si' vous voulez devenir ses tyrans, ou rester ses mandataires fidèles; si elle peut compter sur la constitution qu'elle s'est donnée, ou si elle doit chercher son sa-, lui dans les convulsions" de son désespoir'. »

Ce langage, si violent qu'il fût, n'exagérait pas le sentiment public.

' lUonitevr du ÎO octobre 1797.

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Le Montleur peut être compté, parmi tous les journaux qui traversèrent ta Révolution, au nombre des plus modérés. li ne devint journal officiel que sous le Consulat; mais il soutint habituellement le pouvoir, et il se montra favorable au Directoire. Son rédacteur en chef, Aymé Jourdan , qui avait succédé à Trouvé ' , s'exprimait ainsi dans le numéro du 20 octobre :

« Le rapport de Boulay et le projet de résolution qui le suit n'ont pas satisfait les amis de la République. L'un et l'autre sont loin de répondre à la réputation de sagesse et de modération que leur auteur s'était faite.

» On n'a pas vu sans étonnement qu'une commission composée d'hommes éclairés , et qui ont donné des preuves d'un amour bien entendu de la patrie, ait présenté un projet de loi qui lui serait si évidemment nuisible; un projet dont l'effet serait d'entraver toutes les affaires, d'occasionner la ruine d'un grand nombre de familles, un projet enfin dont l'effet serait de porter partout la confusion et le désordre, suite ordinaire des mesures injustes et irréfléchies.

» En rabaissant les nobles à la condition d'ilotes, on en fait autant d'hommes hardis, on leur donne ce courage qu'on puise dans le désespoir pour sortir

' Le Monitear du i7 janvier 1797 publie une lettre de Trouvé daiis laquelle il annoDce qu'ayaat été appelé à une Toaction publique, il ne signera plus le Moniteur. Il était envoyé à Naples comme chargé d'affaires. A partir du 18 janvier 1797, le Moniteur fut signé : A. Jourdan.

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