LIVRE TRENTE-SEPTIÈME
d'un élat d'humiliation. Les plébéiens ne verraient pas d'un bon œil une loi qui les priverait de l'exercice de leurs droits.
» Les ci-devant nobles tiennent à trop de familles, même plébéiennes, soit par des alliances, soit par des bienfaits, pour que l'on puisse, sans danger, prendre une mesure aussi générale.
» On ne peut disconvenir que, généralement parlant, les ci-devant nobles sont les plus riches habitants de la France. Depuis qu'ils ne sont plus obligés de consommer leurs revenus en dépenses d'ostentation, beaucoup les ont utilisés en les plaçant dans des entreprises commerciales. Ils donnent ainsi de l'occupation à un grand nombre d'ouvriers, qui se trouveront oisifs au moment que les capitaux seront séquestrés. Le même coup privera les ouvriers d'occupation, et la République des profits de leur industrie.
•a D'autres ont prêté de l'argent à des négociants; craignant d'être obligés de fuir, ils exigeront dans un très-court délai te remboursement; ils porteront ainsi le dérangement dans les affaires de l'emprunteur, et le forceront d'y manquer. Sa faillite entraînera celle de mille autres. Que de familles réduites à la misère , par une mesure injuste prise contre quelques individus ' ! »
PouUier, député du Pas-de-Calais au conseil des Anciens, et rédacteur en chef de l'Ami des lois^ jugea
' Moniteur du 19 octobre 1797, — Article d'A. Jourdan.
jbïGoogIc
158 HISTOIRE DU DIBECTOIBE.
plus sévèrement encore le projet de proscription des familles nobles; et son opinion sur cette matière avait du poids, parce qu'il s'était toujours montré chaud partisan de la République :
« Ce n'est pas sans la plus vive indignation , dit-il , que nous avons lu le rapport et le projet de résolution contre les prétendus nobles.
« On dit que les nobles ont été les moteurs principaux des horreurs qui se sont commises depuis le 9 thermidor. Cela n'est pas vrai. La faiblesse du gouvernemenl, son insouciance, son absence, en quelque façon , ont ouvert toutes les plaies qui ont affligé la France. Le système de contre-poids, imaginé par Camot, a fait plus de mal à la liberté que tous les nobles ensemble.
» Que le gouvernement soit faible, timide, indotent , corrompu , il aura tous les jours des malveillants à déporter. Après les nobles viendront les prêtres, les banquiers, les négociants, les rentiers, les pensionnaires de l'État , les amis des déportés , leurs valets, et cette foule de mécontents que fait naître un gouvernement versatile, insouciant , craintif et paresseux.
» Les proconsuls qui , pendant leurs proconsulate, ont organisé les réactions, n'étaient pas d'une caste privilégiée... c'est un noble qui a conquis l'Italie, c'est un noble qui vous a sauvés le 9 thermidor, le 13 vendémiaire et le 18 fructidor; et parmi vos généraux les plus estimés à l'armée d'Allemagne, on compte plusieui-s nobles.