‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 73 sur 204 · LIVRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SEPTIÈME

» Robespierre a connnencé de cette manière; il a fait éloigner d'abord les nobles, ensuite il les a jetés dans les prisons; puis il a poursuivi les prêtres, puis les parents des émigrés, puis les modérés, puis les avocats et les écrivains philosophes , puis les constituants; puis, d'épuration en épuration, il est parvenu à faire périr plusieurs des patriotes qui ne voûtaient pas ramper sous lui, ni seconder ses projets lyranniques. Les premiers actes de Robespierre eurent une apparence de justice ; les républicains fiirent séduits, entraînés; ils forgèrent eux-mêmes leurs fers , et ne s'en sont délivrés qu'en tuant le tyran.

» Eh quoi! vous expulsez les nobles, et vous gardez les adnainistraleurs scélérats qu'on a dénoncés sans succès pendant deux ansl Vous proscrivez les nobles, et les égorgeurs de Lyon, de Marseille, qui certes ne sont point nobles, resteront pour insulter aux enfants de ceux qu'ils auront égorgés ?

» Point de pitié pour les conspirateurs de toutes les castes; faites renfermer ces femmes intrigantes ' qui obsèdent les gens en place, qui assiègent les bureaux, qu'on voit sans cesse, dans les avenues des Conseils et du Directoire , et sans lesquelles souvent on ne peut rien obtenir; ne faites aucune grâce à ceux qui vendent les emplois , qui trafiquent des radiations, et sans lesquels il ne se passe aucun marché! Enfin, soyez fermes, justes, modestes, laborieux, vigilants; éloignez de vous les fripons, les

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intrigants et les corrupteurs -, . . . avec cela je vous réponds du salut public.

» Mais soyez persuadés que les proscriptions en masse révolteront tous les esprits contre vous, multiplieront les émigrations, feront disparaître les capitaux, détruiront la confiance, le commerce, les arts et l'industrie, et finiront par amener une réaction générale, qui vous dévorera, et tous ceux qui vous auront secondés '. »

Tout cela était vrai ; et , en se cabrant ainsi contre la fausse et violente politique du Directoire, l'opinion publique le détournait de cette politique de parti et de secte, que diverses minorités avaient successivement pratiquée, pendant !a révolution, et qui les avait toutes perdues.

Cette résistance porta ses fruits.

A l'ouverture de la séance du 29 vendéoiiaire — 20 octobre, — Boulay de la Meurthe annonça que ta commission dont il était l'organe, s'étant rassemblée de nouveau, avait retiré la résolution proposée le 25 vendémiaire — 16 octobre, — et en apportait une seconde plus conforme à l'attente publique , et même, chose inusitée dans la bouche d'un rappoi^ teur, plus conforme à l'opinion de sa commission elie-mème.

Il résulte en efiet du second rapport de Boulay que

* L'Ami des Lois, a" 795.

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le conseil des Cinq-Cents, précéderoment saisi de divers projets contre les nobles, avait paru témoigner, au moins par des manifestations individuelles, le dessein de proscrire les ci-devant nobles d'une manière systématique, h Cette idée, dit-il, circulait dans le public, comme la seule salutaire; mais elle ne fut accueillie par aucun des membres de votre commission. Tous s'accordèrent à la considérer comme outrée et dangereuse.... Elle s'arrêta à l'idée d'expulser la haute noblesse.

» La commission sentait bien que tes mesures qu'elle vous présentait, et surtout la mesure d'expulsion, ne devraient réussir qu'autant qu'elles auraient l'approbation et l'appui de tous ceux qui s'tnléressenl à la chose publique. Quand elle a été chargée de préparer son projet, ce concours lui paraissait unanime. Depuis qu'il a été mis en avant , elle a remarqué que si la majorité lui restait encore , ii avait aussi contre lui des amis sincères de la liberté '. »

Le nouveau projet présenté par la commission d'ostracisme déclarait que les ci-devant nobles n'étaient pas citoyens français, sauf les moyens indiqués dans le premier projet pour acquérir celte qualité , moyens illusoires en eux-mêmes, en ce qu'ils soumettaient les nobles à l'arbitraire de l'administration.

Quel était en effet, parmi eux, celui qui pourrait établir contre des administrateurs prévenus, a qu'il était du nombre des Français qui avaient contribué

> Moniteur du 3! octobre 1797.

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KS BISTOIBE DU DiKECTOIRB.

à coDquérir la liberté, à fonder la république et à la défendre par leur courage ' ? » Cétail faire dépendre les droits politiques des nettes de VappréciatioD des autorités, au lieu de les scmmettre à la décision de la loi , et continuer, avec le système de l'ariHtraire , le système de la corruption.

La nouvelle proposition de la commission d'ostracisme, tout amendée et restreinte qu'elle fût, ne laissa pas que de soulever un assez violent orage.

Dûment, député du Calvados, attaqua la résolution c*mme inconstitutionnelle. « L'homme qui a violé la loi, dit-il, doit ètrejugé par elle; maisavant cette violation , il ne nous appartient pas de dédarer que la loi commune n'existe pas pour lui. Si anjoard'hoi vous croyez pouvoir déclarer qne les ci-devant nobles ne sont pas citoyens , je ne vois pas ce qui ^Dpécherait la législature suivante de porter une décision semblable à l'^rd des avocats , des négociants ou des rentiers; le tout sous prétexte que ces classes de citoyens sont ennemies de la constitution. On n'est point hors de la loi parce qu'on est accusé de ne point aimer la loi '. »

Grassous, député de l'Hérault, ne fut ni moins sensé ni moins ferme. « Le ci-devant noble, dit-il, qui vit sous les lois de la République, qui ne jouit ni de ses anciens titres, ni de ses anciens {Hiviléges,

' Monitettr du 19 octobre" 4197; — rapport de Boulay delà Henrthe.

* Sfonitmr du 23 octobre 1797.

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