LIVRE TRENTE-HUITIÈME. i
l'armée d'Italie; c'est moi-même. Sur cela, on a laissé filer le temps, pour savoir comment il réussirait; et ce n'est que parmi ses intimes que ]^rras se vanta d'avoir été l'auteur de la proposition faite au Directoire. Si Bonaparte eût échoué , c'est moi qui étais le coupable;... Bonaparte est triomphant, alors c'est Barras qui l'a fait nommer *. »
Les services par lesquels Bonaparte s'était élevé si haut, qu'il se trouvait au niveau du gouvernement lui-même, avaient un caractère particulier de patriotisme el de grandeur.
Au mois de décembre 1793, il avait repris Toulon sur les Anglais; à la journée du 13 vendémiaire an IV — 4 novembre 1 795 — , il délivra et sauva la Convention, assiégée par les sections parisiennes; à la journée du 1 8 fructidor an V — i septembre 1797 — , il appuya le Directoire, lui envoya Augereau, pour commander ses troupes, et participa ainsi d'une manière décisive à la victoire remportée sur les royalistes, ligués avec Pichegm pour renverser la constitution de l'an III. En 1796 et en 1797, il avait conquis l'Italie, détaché la Sardaigne et le royaume de Naples de la coalition; et enfin, par la paix signée à Campo-Formio avec les représentants de l'empereur d'Allemagne, il terminait la lutte engagée
' Carnot. Réponse à BailleuL
«7i HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
entre les anciens principes de la féodalité et les principes nouveaux de la Révolution française.
Ainsi, Bonaparte avait combattu et vaincu poar les lois et pour la patrie, il n'avail jamais eu es face que deux ennemis , qu'il est toujours honorable de vaincre : l'étranger, qui menace ta nationalité-, l'anarchie, qui menace l'ordre. Lorsque, au mens de mai 1 794 , Âubry donna au vainqueur de Toulon le grade de général de brigade, avec le commandement d'une brigade en Vendée, Bonaparte refusa le commandement. Cette lutte contre des paysans, poussés au désespoir par la Convention, lui répugnait. On dirait qu'il avait eu comme le pressentiment de devenir un jour leur souverain; il ne voulut pas être leur persécuteur. Le souvenir de cette époque de sa vie lui était encore doux dans l'exil; et il disait à Sainte- Hélène, l'année même de sa mort : « On m'offrit le commandement de l'armée de la Vendée; je le refusai, disant qu'il ne convenait qu'à un général de gendarmerie'. >
Tout le monde avait le pressentiment des hautes destinées de Bonaparte , et les exprimait publiquement. Au mois de juillet 1797, trois mois avant la paix de Campo-Formio, un journal royaliste proposait pour lui le titre de connétable.
« A la paix du continent, disait-il, que sera Bonaparte ? UD citoyen rentré dans la foule commune. Et c'est pour un avenir semblable qu'il aurait épou-
1 Olkléara, Napoléon dans l'exil.
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