‹ Histoire du directoire: 2 tom. augm. de pièces justificativesChapitre 80 sur 204 · LIVRE TRENTE-HCITIÈME. |T · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-HCITIÈME. |T

vanté TEorope? Je ne le crois pas. Aujourd'hui que, rassasié d'honneurs, il n'a plus rien à espém* de nous, n'est-il pas à craindre que son génie actif et bouillant »e lui fasse rechercher une gloire et des emplois moins fagitifs? À l'âge de l'ambitioa , seraitil étonnant qu'après avdr été proclamé le premier homme de la République française, il assurât à deveuir le premier homme de la monarchie? Le titre de '^connétable, des dignités respectées chez tous les peuples, une fortune immense , des titres flatteurs pour l'orgueil, des hommages solennels, voilà ce que la renommée lui promet déjà ' . »

Pichegru et Moreau auraient pu comprendre ces insinuations et y répondre; Bonaparte savait trop que ses destinées étaient dans ses mains , pour les recevoir toutes faites des mains de personne.

L'opinion publique rêvait encore mieux qu'une épée de connétable pour le vainqueur.de l'Italie et le pacificateur de Campo-Formio. k Ce jeune homme , disait le Moniteur du 9 novembre i 797, avait déjà fait des choses bien plus étonnantes encore; et, si nous en croyons nos pressentiments et les conseils de la fortune , sa carrière, déjà si glorieuse et si bien remplie, n'est encore qu'à son commencement *. » Il n'est pas au-dessous de la gravité de l'histoire de rappeler que déjà , à cette époque , la société parisienne connaissait et commentait la prédiction faite à

" Le né, n- 93.

' Moniteur du i 9 brumaire — 9 novembre 4797.

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Joséphine, femme du général Bonaparte, par une négresse de la Martinique, prédiction qui lui annonçait son élévation au trône et son divorce '.

C'est au milieu de ces préoccupations générales que Bonaparte, qui s'était rendu de Milan à Rastadt, et qui avait pris part, pendant quelques jours, aux préliminaires du congrès, arriva le S décembre 1797 à Paris, où l'attendaient, au milieu de l'anxiété et de la jalousie du Directoire , la curiosité et l'admiration publiques.

Bonaparte était descendu sans bruit à son petit hôtel de la rue Chantereine, à laquelle le conseil de la ville de Paris se hâta de donner le nom de rue de la Victoire '. De tels hommages étaient traditionnels dans la ville de Paris. C'est son administration qui avait décerné à Louis XIV le titre de Grand *.

Nommé plénipotentiaire au congrès de Rastadt avec Treilhard , député de Paris au conseil des Cinq- Cents, et avec Bonnier, député de l'Hérault au conseil des Anciens, Bonaparte y était arrivé le 25 novembre. Il n'avait tenu qu'à lui d'y apporter une attitude de triomphateur. La cour de Turin lui avait réservé à son passage des honneurs qu'il avait déclinés*, et il avait dû subir autant qu'accepter, en

' Voirie Thé, n"33, 30 mai 1797.

^ Monlholon, Mémoires, t. IV, p. Î88.

' Voltaire, Histoire du siècle de Louis XIV, cli, xiii.

* Monilevr du 7 décembre 1797.

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