LIVRE TBENTE-HUITIÈME
traversant \i Suisse, les hommages des populations, à ce point empressées et enthousiastes que les commandants des villes, entraînés par le sentiment général, tiraient !e canon pour saluer à son passage le héros victorieux et paciScateur '.
Le 30 novembre, tous les plénipotentiaires au congrès étaient présents à Rastadt. Le vieux comte de Mettemich, M. deCobenzl et le général comte de Meweldt représentaient l'empereur*. Un incident remarquable et remarqué signala les visites réciproques des membres du congrès. M. de Fersen , resté célèbre par sa situation à la cour de Marie-Antoinette, et par sa Ëdélité aux. malheurs du roi et de la reine , déclara dans sa visite au général Bonaparte qu'il se présentait au nom de la Suède, comme garante du traité de WestphaUe. Bonaparte fit observer qu'à reprendre les choses de si haut, la Russie pouvait se présenter, comme garante du traité de Teschen, et il exprima d'une voix sévère l'étonnement que lui causait la présence d'un plénipotentiaire dont la personne ne pouvait avec convenance se trouver en face du représentant de la République française. M. de Fersen sentit un peu trop tard ce qu'il y avait eu d'irréfléchi dans sa démarche, et il quitta Rastadt le lendemain ^.
' Jfonit«urdu 7 décembre 1797. —Montholon, Mémoires, t. IV, p. 875.
2 Voir au Moniteur du ^" décembre 1797, tes noms des divers repréfentenU de l'empire.
^ Hontholon, Mémoires, t. IV, p. S78.
lil. 1S
jbïGoogIc
17S HISTOIBE DU DIRECTOIRE.
Bonaparte u' assista qu'aux prélimimtires du congrès et à l'exécution des conventions secrèteB, annexées au traité de Campo-Fonnio. L'empereur livra Mayence et la France livra Venise'. La rive gauche du Rhin reprise, Bonaparte, plus enclin aux luttes de la guerre qu'aux dilations de la diplomatie et ne prévoyant aucun bon résultat du congrès , se fit autoriser par le Directoire à rentrer à Paris, où le parti démagogique, exalté par l'abus du triomphe de Fructidor, ne pouvait pas tarder à compliquer les affaires. Bonaparte partit de Rastadt le S décembre 1 797, laissant Treilbard et Bonnier pour continuer les négociations, et il arriva , comme nous l'avons dit, le 5 à Paris, où son nom remplit aussilàt toutes les bouches.
Il faut recourir aux brochureS'et aux journaux du temps pour comprendre la curiosité, l'empressement, l'admiratioD qu'excitait déjà le général Bonaparte.
A peine descendu chez lui et annoncé par les journaux, Bonaparte, comme s'il eût été un souverain, vit accourir les diverses autorités de Paris. Les administrateurs du département de la Seine demandent à être reçus} il va les voir, accompagué de Berthier, et il les oharme par son empressement et
> Cùrrespondance de NapoUon J", t. lU, pièce n" 8381 . — Mootholon. Mémoires, t. IV,
jbïGoogIc
LIVBE TRENTE-HUITIÈME. 479
par sa modestie. Il reçoit le tribunal de cassation, et il lui rend sa visite. Il montre la même courtoisie envers le juge de paix de son arrondissement. Le public accourait rue Chantereine, émerveillé de tant de simplicité alliée à tant de grandeur. « 11 sort rarement et sans suite, dit le Moniteur, dans une voilure à deux chevaux. On te voit assez souvent se promener seul dans son modeste jardin ' . »
L'Institut, qui avait une nomination à faire , l'appela dans son sein, à la section de mécanique, et ce fut là une des distinctions qui le charmèrent le plus dans sa glorieuse carrière. Dans la lettre de remerctment qu'il adressa à l'Institut , il disait : « L'occupation la plus honorable comme la plus utile pour les nations, c'est de contribuer à l'extension des idées humaines*. » Il parut se souvenir plus tard de ces idées, lorsqu'il fonda les prix décennaux.
Le conseil des Anciens, s'inspirant de la reconnaissance générale, avait préparé l'acte au nom duquel le château de Chambord et un hôtel à Parb auraient été offerts , comme don national., au vainqueur de l'Italie. Le maréchal de Saxe, qui avait reçu Chambord de la munificence de Louis XV, l'avait certainement moins mérité que Bonaparte; surtout si l'on considère que ce dernier, qui avait nourri l'armée du Rhin avec les économies de l'armée d'Italie et versé des sommes énormes au trésor,
> Moniteur A«s 40 et 17 décembre 1797.
> Corretpondanct ât NapoiéoK 1", pièce n" 2393.
jbïGoogIc
revenait pur et reialivement pauvre à son foyer. Les affidés du Directoire firent écarter le projet, et Bonaparte attendit patiemment de l'avenir une récompense digne de ses services ' .
Le Directoire ne pouvait pas moins faire que le public. Prenant pour prétexte la remise du traité de Campo-Formio, il donna le 10 décembre, dans la grande cour du Luxembourg, où des estrades avaient été dressées, une audience solennelle à Boilaparte, accompagné des" généraux Joubert et Andréossy, portant le drapeau donné par le Corps Législatif à l'armée d'Italie. A midi, au bruit du canon, couvert par les acclamations de la foule, au milieu de l'élite de la population de Paris, encombrant les rues voisines, les amphithéâtres et les fenêtres du Luxembourg, Bonaparte fut présenté par M. de Talleyrand, ministre des affiiires étrangères, au Directoire, alors présidé par Barras.
Le Directoire siégeait sur une estrade située au fond de la cour et contre le vestibule principal , où s'élevait l'autel de la patrie, accessoire traditionnel dans les fêtes de la République , surmonté des statues de la Liberté, de l'Égalité et de la Paix. A l'arrivée de Bonaparte, le Directoire le reçut debout et découvert, comme tous les assistants. En le présentant, M. de Talleyrand lut un discours ingénieux, où l'éloge le plus légitime et le plus direct était modéré par quelques Tues fines et justes , qui repoi^
1 Hontholon, Mémoires, t. IV, p. S8S-3-i.
jbïGoogIc