LIVRE TRENTE-HUITIÈME
latent une certaine part de cette louange à la Révolution , à laquelle Bonaparte devait son élévation et sa gloire.
« La grandeur personnelle , dit-il , loin de blesser l'égalité, en est le plus beau iriomphe, et, dans cette journée même, les républicains français doivent tous se trouver plus grands. »
Et ce qui montre à quel point Bonaparte remplissait la pensée publique, M. de Talleyrand, ce juge si exact des convenances , crut devoir , en des circonstances si solennelles, entretenir le gouvernement, la France et l'Europe , des habitudes privées et même des lectures dé Bonaparte.
« Quand je pense à tout ce qu'il fait pour se faire pardonner cette gloire, à ce goût antique de la simplicité qui le distingue , à son amour pour les sciences abstraites, à ses lectures favorites, à ce sublime Ossian ', qui semble le détacher de la terre; quand personne n'ignore son mépris profond pour l'éclat, pour le luxe, pour le faste, ces méprisables ambitions des âmes communes; ah! loin de redouter ce que l'on voudrait appeler son ambition, je sens qu'il nous faudra peut-être le solliciter un jour pour l'arracher aux douceurs de sa studieuse retraite. »
Frappée de la tenue à la fois modeste et mâle de
1 Le Moniteur du 42 décembre 1797 ajoute en note, pour expliquer cette allusion aux poésies A'Ossian : • On sait que les poésies s d'Ossian sont un des ouvrages que le général Bonaparle lit avec • le [dus de plaisir. >
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tel HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
Bonaparte, l'assemblée brûlait d'impatience de l'entendre. Au mibeu d'un silence profond, il lui d'une voIk brève et accentuée un discours' de vingt lignes, net de toute allusion aux passions contemporaines , et dans lequel on remarqua surtout les passages suivants :
« Le peuple français pour être libre avait les rois à combattre; pour obtenir une constitution fondée sur la raison , il avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre.
jo La religion , la féodalité et le royalisme ont successivement depuis vingt siècles gouverné l'Europe; mais de la paix que vous venez de conclure date l'hre des gouvernements repréxentâtifs.
» La paix assure la liberté , la prospérité et la glwre de la République.
» Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l'Europe entière ' deviendra libre. »
Après le discours de Bonaparte , qui fut couvert, dit le Moniteur, d'applaudissements enthousiastes, et dont le ton élevé et calme semblait ajourner la France à une époque où les agitations révolutionnaires n'auraient plus ni retentissement ni autorité, Barras, le ministre de la guerre, le général Joubert et le général Andréossy parlèrent à leur tour. Ce fut long, vague, déclamatoire, et, malgré tous ces discours, l'intérêt de la cérémonie était véritablement épuisé. 11 n'y avait dans tous les esprits qu'un senti-
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