LIVRE TRENTE-HUITIÈME
ment, l'admiration pour Bonaparte; il n'y avait dans toutes les bouches qu'un nom, le nom du vainqueur de l'empire et du pacificateur de l'Europe. Jusqu'alors la Révolution française avait lutté avec plus ou moins d'avantage contre la société issue du congrès de Westphalie; à partir de la paix de Campo-Formio, la France de 89 entrait dans le droit public du continent. Bonaparte avait donc eu raison d'élever cette paix à la hauteur d'une ère politique, de laquelle daterait en France et en ^Europe une nouvelle société. Après cette audience solennelle, qui donnait au séjour de Bonaparte à Paris une sorte d'autorité et de consécration publiques , les fêtes se succédèrent en son honneur. Le Directoire, les deux Conseils, François de Neufchàteau , ministre de l'intérieur , M. de Talleyrand, ministre des relations extérieures, lui donnèrent des dtnere d'apparat. Bonaparte, comme guetté par la foule , s'y rendait avec le moins de bruit possible, a 11 est descendu, dit le Moniteur^ en parlant de l'arrivée de Bonaparte au Louvre, où avait lieu le dîner des deux Conseils, avec la plus grande précipitation, pour se dérober aux applaudissements d'une foule inHuense, qui s'était rassem- Uée sur soo passage ' . »
Dans toutes ces fêtes , Bonaparte attirait k lui par un attrait irrésistible les gloires ou les célébrités
1 Moniteur du 22 décemtjre 1797.
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contemporaines. Cbez François de Neufchàleau, qui avait particulièrement groupé autonr de son hôte les savants et les hommes de lettres, Bonaparte les charma tous , disent les témoins oculaires ' , par l'étendue et par la variété de ses connaissances. Il parla avec distinction de mathématiques avec Lagrange et avec Laplace, de métaphysique avec Sieyès, de poésie avec Chéaier, de politique avec Gallois, de législation avec Daunou.
A la réte donnée par M. de Talleyrand, il fut interpellé à haute voix, au milieu d'un cercle, par madame de Staël , qui lui demanda quelle était, à'son avis, la première femme du monde, morte ou vivante; et Bonaparte lui répondit en souriant : Celte qui a fait le plus d'enfants^ ; paroles d'un législateur beaucoup plus que d'un homme de saloD, et dont l'esprit entier et dominateur de madame de Staël sentit vivement et ne pardonna jamais l'ironie.
Ces hommages , cette admiration , ces espérances, mis instinctivement par les diverses classes de la société aux pieds de Bonaparte, résumaient une seule et même pensée, arrêtée au fond des âmes, c'est que la paix, en faisant entrer la France dans le concert européen , terminait la Révolution et consacrait ses résultats.
Tous les intérêts nés de cette révointion sentaient qu'ils devaient leur salut à Bonaparte, et ils lui
* Moniteur du <5 décembre 1797.
* Montholon, Mémoires, t. IV, p. 888.
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