LIVRE TRENTE-HUITIÈME
savaient gré, comme d'un service capital, d'avoir mis fin par une pais glorieuse, et que l'éclat de ceot victoires promettait de rendre durable, au provisoire et aux angoisses de la lutte. Et si l'état des affaires publiques réalisait un jour les pressentiments exprimés par M. de Talleyrand, et livrait les destinées de la France à la main glorieuse et pure de Bonaparte , chacun espérait qu'il ferait , prévaloir dans l'avenir ces principes élevés et nobles qu'il avait manifestés dans la paix comme dans la guerre.
En Italie, pendant qu'il combattait les ennemis de la France, Bonaparte couvrait de sa protection la religion et le malheur. Il déclarait à M. Cacault que son ambition était de devenir le sauveur, non le destructeur du saint-siége ', et il mettaità la chaîne des communautés et des couvents les prêtres français réfugiés en Italie *. Revenu en France, et au milieu de l'exaltation démagogique entretenue par la victoire de Fructidor, il relevait en sa personne la dignité humaine et les mœurs publiques, en refusant d'assister à l'odieuse fête du 21 janvier.
Cette résistance de Bonaparte devait frapper et frappa vivement l'opinion publique. Le Directoire et le ministère examinèrent la question de savoir si Bonaparte assisterait à la cérémonie du 21 janvier 1*798, qu'on célébrait à l'église de Saint-Sulpice, érigée en temple de la Victoire. Il fut décidé que la
• Correspondance de Napoléon I", t. II, p. <00. > Ibid., p. 431.
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politique exigeait sa présence; et Bonaparte a formulé lui-même les objections qu'il opposa au ttii> nistre châtié de lui apporter la pensée et tes désirs du Gouvernement :
H Napoléon , dit-il , fit observer qu'il n'avait pas de fODcUons publiques; qu'il n'avait personnellement rien à faire à cette prétendue fête , qui , par sa nature, plaisait à fort peu de monde; qu'elle était des plusimpolitîques; que l'événement qu'elle rappelait était une catastrophe et un malheur national ; qu'il comprenait très-bien qu'on célébrât le 14 Juillet, parce que c'était une époque où le peuple avait conquis ses droits, mais qu'il aurait pu les conquérir, établir une république, sans se souiller du supplice d'un prince, déclaré inviolable et non responsable par la constitution même; qu'il ne prétendait pas discuter si cela avait été utile ou nuisible , mais qu'il soutenait que c'était un incident malheureux; qu'on célébrait des fêtes nationales pour des victoires , maie qu'on pleurait sur les victimes restées sur le champ de bataille; que célébrer la mort d'un homme ne pouvait jamais être l'acte d'un gouvernement, mais celui d'une faction , d'un club de sang; qu'il ne concevait pas comment le Directoire, qui avait^ fermé les Jacobins, les olubs d'anarchistes, qui aujourd'hui traitait avec tant de princes , ne sentit pas qu'une telle cérémonie ferait à la République beaucoup pins d'ennemis que d'amis , qu'elle éloignait au lieu de rapprocher, aigrissait au lieu d'adoucir, ébranlait au
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