LIVRE TRENTE-NEUVIÈME
réaliser au mois d'avril de l'année suivante '. La clarté et l'audace de la divination allaient même, dans ces documents, jusqu'à prévoir dans ses détails la paix que, près de deux ans plus tard , l'Autriche devait subir à Léoben.
L'hésitation que jeta dans le Gouvernemeut l'établissement de la Constitution de l'an III , fit ajourner les plans relatifs à l'armée d'Italie; mais, d'un autre côté, les luttes de vendémiaire, et l'éclat qui en rejaillit sur Bonaparte, donnèrent tout à coup une direction nouvelle à ses destinées. Nommé, en 1795, général de division d'artillerie , et bientôt , sous Barras, commandant en secx^nd de l'armée de l'intérieur 'f il devint, par l£f' nomination de Barras au Directoire, commandant en chef, et se trouva ainsi le pivot de la sécurité publique. Cette élévation légitime et subite lui permit d'influer sur l'avenir de ses plans si habilement conçus, et, dès le mois de mars ■ 1796, il était investi du litre et des fondions de géûéral en chef de l'armée d'Italie *.
En quel état le général Bonaparte prenait-il cette armée?
Deux causes générales concouraientalors à la désorganisation des armées, la désaffection et la faim.
' Voir les If^moires, dans la Correspondance de Napoléon I", 1. 1, p. 65 à 7S; juiIleH795.
3 Correspondance de Ni^(déottl",l.}, p. 104-S; 20 octobre 1795; 1" novembre 1795,
> Ibid., L I, p. 117; 11 mars 1796.
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L'affermissement de (a République semblait à tous un problème, et sa chute une probabilité. C'est sous l'empire de ce sentiment général que Rchegru et Barras ouvriront prochainement l'oreille aux su^estions (les agenis de l'ancien régime. Dans la propre armée dont Bonaparte allait prendre le commandement, il y avait une compagnie qui avait pris le nom du Dauphin^ et le nouveau général dut faire traduire devant un conseil de guerre les officiers qui avaient crié : Vive le Roi ' !
La misère des armées dépassait tout ce qu'on saurait imaginer aujourd'hui. Elles étaient littéralement affamées par une administration sans probité, dans un pays qui était lui-même sans pain. Un peu plus tard, fiernadotte, nommé ministre de la guerre, croyait pouvoir dire aux armées, dans un document public : « Je jure de ne point avoir de repos que je ne sois parvenu à vous procurer du pain, des habits ei des armes * ! »
Ce langage n'avait rien d'exagéré. Dans sa concise et célèbre proclamation de Nice, Bonaparte débuta par ces mots : » Soldats , vous êtes nus , mal nourris ' ; » et UQ mois plus tard , lorsque quatre victoires successives l'eurent fait pénétrer au cœur du Piémont, le général en chef dut adresser au Directoire ces paroles désespérées : « Le soldat sans pain se
' CorttapondaHee d« NapoiéoH 1", l. I, p. Ui ; 8 avril 4796.
^ Moniteur du 7 juillet 1799.
3 Correspondance de Napoléon I", 1. 1, p. 418; 17 mars 179G.
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