LIVRE TRENTE-NEUVIÈME
porte à des excès de fureur qui font rougir d'être homme. Je vais faire des exemples terribles. Je ramènerai l'ordre , ou je cesserai de commander à ces brigands '. u
C'est à ta tête dé quarante-cinq mille hommes, travaillés ainsi par riosubordioation et par la misère, que Bonaparte va prendre l'offensive contre l'armée ennemie, forte de soixante-quatorze mille hommes d'infanterie et de huit mille hommes de cavalerie, dont quarante - cinq mille Piémontais et trente-sept mille Autrichiens *.
Bonaparte prit le commandement de l'armée le 27 mars, jetant sur le nom de Schérer, si violemment déchiré depuis, ce témoignage honorable : « Il m'a paru voir en Schérer un homme pur et éclairé. Ne pourriez-vous l'employer comme ambassadeur ? Il a la connaissance des hommes et de l'extension morale '. » A peine saisi du commandement, Bonaparte sonde toutes les plaies de cette armée, dans laquelle, malgré des désordres extérieurs, l'honneur, le courage et toutes les qualités françaises étaient restées sans atteinte.
Pénétré des idées qui avaient présidé à ses plans, il pousse résolument ses soldats sur les Autrichiens,
' Correspondance de Napoléon M, 1. 1, p. 308; 2i avril 1796. * Ibid., I. I, p. U4; 6 avril 4796.
a Ibid., t. 1, p. 4S4 i 38 mars 4796.
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496 HISTOIRE DU DIBECTOIBE.
comiuandés par Beaulieu, et sur les Piémonlais, commandés par Colli, avec le dessein de les séparer. Tout le temps qui s'écoule du 27 mars au 10 avril est employé à améliorer la condition matérielle de l'armée et à fortifier son morah Le 11 avril, tout était prêt; la lutte commence.
Nous ne savons pas de spectacle plus curieux et plus saisissant que la fièvre d'activité qui s'empare de Bonaparte deux ou trois jours avant une bataille. Son esprit embrasse tous les détails avec lesquels la pensée compose l'ensemble. Il songe à tout, aux vivres, aux. munitions, aux. ambulances. Son âme plane d'avance sur la mêlée, et les cris des vtctorieux ne couvrent pas pour lui les plaintes des blessés, auxquels il ménage avec une tendre et inépuisable pitié tous les secours et toutes les consolations. Chaque géuéral reçoit son ordre, chaque corps sa position. Les ordres se pressent, les lettres se multiplient, et tout à coup, lorsque l'ordre de balaille est formé, les canons prêts, les armées en présence, cette agitation se calme, étouffée sous l'imperturbable sérénité de l'âme et du regard.
I^ 11 avril, Augereau, Masséna, Laharpe, Serrurier, reçoivent des ordres précis de se porter en avant; le 12 avait lieu à Montenotte la première lutte et la première victoire. Masséna battait Ârgenteau et Laharpe battait Beaulieu. Le lendemain, par* tant de Carcare et suivant son plan, il pousse vers Céva et Cosseria, entre le Tanaro et ta Bormïda, et
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