LIVRE TBENTB-TROISIÈUB. Il
l'opinion publique à l'espnt des Téformes qu'il proposait; et l'on pourrait résumer ainsi l'opinion générale de la France, au moment de l'ouverture des Étals Généraux i
« Les institutions , moins les abus. »
Tel était en effet le vœu du pays. Il est consigné, en termes formels, dans les cahiers des trois ordres, r^umé fidèle du suffrage universel. Non-seulement tous les cahiers furent unanimes pour maintenir la monarchie héréditaire, mais pas un seul ne demanda la suppression de la noblesse, pas même celui de Paris ' .
Les historiens de la Révolution ont ]»-opagé les idées les plus erronées sur la cause directe qui imprima , de 1 787 à 1 789 , le mouvement aux idées libérales. Au lieu de reporter cet honneur à ce malheureux roi, que la Révolution, dont il était l'auteur, fit mourir par la plus monstrueuse ingratitude,. ils l'ont attribué à quelques publicistes, alors peu influents, et dont pas nn, à l'exception de l'abbé Sieyès, ne put réussir à se faire nommer aux États.
Encore oublie-t-on que la candidature de Sieyès, proposée pour le vingtième et dernier siège à donner par le Tiers État de Paris, souleva, dit Bailly, secrétaire de l'assemblée, de grandes difficultés '.
posant une masse de réfonnes à la France, qui les repoussait, et montré que le roi fit , pour amener la Révolution , dis fois plus d'efforts qa'il n'en aurait lalln pour l'empMier.
> Voir, dans Vlntnductim du Moniteur, p. 667, un extrait développé du Cahier de Paris.
■Bûily, Jfijmojret, 1. 1, p. 75.
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Sieyès fut nommé, après trois scrutins, à la favenr d'une erreur de procès-verbal , le 1 7 mai 1 789 ; son élection fut contestée, et l'a&sembtée électorale discuta longtemps, le %% mai, la question de savoir si elle ne serait pas annulée.
Tel était, en 1789, le peu de prestige attaché même au nom de Sieyès, dans cette ville de Paris, foyer des lettres et de la philosophie : qu'on juge par cet exemple du crédit politique d'une centaine de publicistes, aujourd'hui oubliés , auxquels des historiens romanesques attribuent la direction des esprits et des événements à cette époque!
Mesurée avec l'horizon qu'elle avait au moment de la réunion des États Généraux, la Révolution française n'allait donc pas alors an delà de la pensée de Louis XVI, pensée très-vastâ pour cette époque, puisqu'elle était combattue , depuis deux ans , par la Bourgeoisie elle-même , aussi énergiquement et plus bruyamment encore que par le Clergé et par la Noblesse; et elle se bornait au rajeunissement des élé- ' ments anciens de la monarchie , par la réforme de leurs abus.
Vin.
Lorsque, pour des causes et à la suite d'événements qu'il serait superflu de rappeler ici , les vues de Louis XVI eurent été non-seulement appliquées , mais encore étendues, l'horizon politique se trouva être devenu plus vaste et plus riche; et ce qui sem-
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LIVBE TRENTE-TROISIÈME. 13
blait excessif à beaucoup de bons esprits en 1789 eàt paru insuffisant à tout le monde en 1797.
C'est que l'on peut bien admettre qu'un certain progrès ne se réalise pas; mais une fois réalisé, on n'admet plus qu'il disparaisse.
L'Écriture exprime énei^quement cette vérité, en disant qu'miefois né, l'enfant ne saurait rentrer dans le sein de sa mère.
En 1788, lorsque le parlement de Paris et tous les parlements de province trouvaient exorbitant de soumettre les propriétaires nobles à l'impôt terrilorial, de détruire les douanes intérieures, d'accorder le droit civil aux protestants, de simplifier et d'adoucir les- formes de la justice, on n'objectait rien au fond , ni contre les privilèges de la Noble^e , ni contre les prérogatives des Jurandes, ni contre les possessions du Clei^é.
On admettait alors, en même temps, et les privi- ■ légiés et les privilèges.
En 1797, lorsqu'il n'y avait plus ni abbayes, ni maîtrises, ni barrières entre les provinces^ ni interdiction des droits civils pesant sur les réfonnés^ ni privilèges attachés à la naissance , nul n'aurait voulu ou souffert, de son plein gré, le retour de ces choses disparues.
La Révolution se sentait résumée. et personnifiée dans ces diverses conquêtes; et le vœu ardent et suprême de la société nouvelle était de les voir définitivement consacrées et d'en jouir avec sécurité.
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Néanmoins , à la disparition des privil^es, à l'établissement de l'égalité civile et politique , à la conquête de la liberté de conscience , bases solides de la Révolution, s'étaient mêlées certaines théories ou certaines violeoces, œuvre d'esprits faux ou de cœurs gâtés, qui compromettaient, au dehors, le rayonnement moral de la Révolution , et qoi retardaient, au dedans, son organisation définitive.
Ainsi, eu 1797, la pitié pour les nobles était générale.
Nul n'eût appelé ou volontairement admis, en 1797, le retour des privilèges nobiliaires; mais ancun homme raisonnable ne se fût, à cette époqne, opposé au retour des nobles, proscrits, condamnés aux misères de l'exil par l'alternative de la mort.
Certes, il y avait eu, en 1790, un certain nombre de gentilshommes , ou , pour parler plus correctement, un certain nombre de courtisans, qui, par ton de caste, par dédain de l'égalité, certains par fidélité aux affections et à la foi jurée, étaient sortis de France pour aller joindre lés Princes , et avaient formé ainsi le premier noyau de l'émigration.
Mais à partir de 179S, lorsque la démagogie déchaînée se fut ruée sur la noblesse et la poursuivit partout, corps et biens, l'émigration cessa d'être une faute, à blâmer, pour devenir un malheur à plaindre.
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