‹ Histoire du directoireChapitre 10 sur 241 · LIVRE DEUXIËMB. t · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIËMB. t

biens, acquirent successivement une étendue effroyable. La jalousie, la cupidité, la vengeance, toutes les détestables passions y lyoat^ot leur chafMtre. Après y avoir inscrit les émigrés réels, ou y inscrivit des émigrés imaginaires : « Cliac[ue comoMine, disait Portalis, grossissait la liste des émigrés de tous les propriétaires qui n'avaient jamais habité son terri** toire, et qui avaient leur domicile ailleurs... Certains départemrats avaient , par des arrêtés, déclaré éan-^ grés tous ceux de leurs habitait qui prouvaient leur résidence ailleurs que dans le département môme..» Des pères de famille qui ne sont jamais sortis de leur maison, des vieillards qui n'ont jamais quitté leur lit, des représentants du peuple qui n'ont jamais aban^ donné leur poste, figurent parmi les prévenus d'émi^ gration ^ »

Soixante«dix mille individus formaient, en 1796, la liste de ces faux émigrés, inscrits par les sociétés populaires^ ; et Dubreuil, député de l'Âveyron, proi»vait, le Sl4 août, au conseil des Cinq-Cents, que sur mille dnq noms d'émigrés qui constituaient la liste de son département y les véritables émigrés ne s'élevaient qu'à sto?*!

^ Rapport de PortaiiMûH^OHHil det Awiem^ du 47 février 4796. — Moniteur du 23.

^ Laily-ToUendal, Dé{tn$edn émigrés, U II, p. 63» 3 Moniteur du 29 aoèl 4796. Lé Rédacêtur,^ n» 9^. Pour iM détails, voir Lally-Tolltadal, Défmtê da émigith, t« ll| p. 6a.

Toas ces malheareax étaient proscrits pour leurs domainesi comme Q. Âurélius Tétait, sous la tyrannie de Sylla , pour sa maison d'Âlbe. Qu'on juge de Teffroyable hécatombe qui fut immolée à la convoitise révolutionnaire, en songeant que tous ceux qui étaient, à tort ou à raison, portés sur ces listes, montaient sur réchafaud, sans jugement, vingt-quatre heures après que leur identité avait été constatée par deux citoyens d'un civisme reconnu^ résidant dans les communes circonvoisines * .

Aussi la révolution fut-elle sans pitié pour Témigration , parce que Tavarice glaçait ses entraillés ^. L'histoire n'a pas d'autre exemple d'une telle cupidité, abritée sous le manteau des théories. Les bannis de Sparte rentrèrent dans tous leurs biens après vingt-sept ans. Les bannis d'Ecosse recouvrèrent en 1 788 leurs domaines perdus en 1745. Les protestants euxmêmes, que la révocation de l'édit de Nantes avait exilés sans les dépouiller complètement, furent réintégrés, en 1 790, dans les propriétés de leurs ancêtres qui avaient été réunies au domaine.

* Loi du Î5 brumaire an III, 4 5 novembre 4794 ; lit. 5, «ect. 4 •••, art. 3.

* a Le 47 septembre 4793, une loi ordonna que tous les prêtres déportés seraient portés sur des listes d'émigrés, et cela pour leurt biens. » — Moniteur du 8 mars 4796 ; discours de Bailleul.

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