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LIVRE DEUXIÈME

C'est par la composition de Tannée elle-même que commença la dépopulation amenée parla guerre ; tant le génie révolutionnaire en avait rendu Torganisation délétère et dévastatrice.

Les anciennes troupes de la France ^ depuis Louis XIIIj s'étaient constamment recrutées d'hommes qui faisaient volontairement et par goût profession des armes. Le soldat provenait donc alors principalement des villes 9 ou de cette rare population des villages que le goût des aventures éloigne de ses foyers. A cette époque, le personnel du militaire, sorti des éléments inquiets, turbulents et nomades de la population, ne coûtait rien ou coûtait fcni peu à la multiplication de l'espèce humaine. Comme les moines, quoique pour d'autres raisons, les soldats des anciennes armées, fussent-ils restés dans la société, n'en seraient pas pour cela devenus pères de famille.

Pour la première fois , les armées de la révolution entamèrent au cœur les populations rurales et sédentaires, auxquelles l'ancienne monarchie ne demandait, par an et pour tout le royaume, qu'une levée de dix mille soldats de milice. La conscription , les réquisitions, les levées partielles ou en masse, s'en prirent aux paysans, aux petits propriétaires, aux petits bourgeois, et moissonnèrent, de dix-huit à trente-cinq ans, toute la jeunesse calme, rangée, laborieuse, qui jusque-là travaillait, amassait et se mariait.

En outre, c'était jusqu'aux enfants eux-mêmes, comme le dit le général Jourdan au conseil des Cinq- Cents , que la conacription avait fait deftoeadre son niveau. Ces natures frôles et à peine ébauchées étaient au-dessous des fatigues naturdles de la guerre, aug* mentées des privations de vêtement et de paia, soHe constante de ces dilapidations horribles q«e SaéntJust flétrissait sans pouvoir les arrêter ^

Ce furent donc cinq ou six géoératioDS de fai jeunesse paisible et féconde des campagnes que la Con* vention envoya, de 1 792 à 1 795, périr misérablement à la suite des armées, encore moins frappées par Ten*^ nemi que par le froid et par la faim ; et la France aurait pu dire , comme Périclès faisant l'éloge funèbre des jeunes Athéniens morts dans la guerre du Péloponèse : « L'année a perdu son printemps! »

Ces campagnes de 92, de 93 et de 94 , faites sans discipline, sans souliers et sans vivres, seraient, si l'on ne comptait pas celle de 1812, les plus meurtrières dont l'histoire militaire ait conservé le souvenir, a Vous avez cent mille hommes dans le tombeaa,i^ disait Saint- Just à la Convention, le 1 0 octobre 4 793 *.

* On ne tarirait pas, si Von voulait noter les traits de brigandage qui s'accomplissaient dans les armées de la Convention et du Diree» toire. Nous croyons néanmoins devoir donner, d'après un journal contemporain, la ration journalière d^un chef de brigade de Varmée de Sambre-el-Meme : —8 livres de bœuf, 4 mouton, 4 veau, 24 œufs, $4 pains blancs, 3 pains bis, 3 livres desucre, 3 livres de beurre, 4 livre de café, 26 bouteilles de vin, 4 livre de tabac, etc. — Le Thé, 40 juillet 4797.

^ Rapport de Sainte wi $ur k§ow)tmetAent réwdtUiomutirié ^ Moniteur du 4 4 octobre 4793.

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Pourtant Saint-Just ne disait pas tonte la vérité , et pent^re ne la savait-il pas lui-même. Le Comité de satat pnWic fit pnblier, vers la fin de 4794, nn docnment officiel snr l'état des armées; et ce document prouvait qne la guerre de ces trois années avait déjà coûté à la France huit cent mille soldats ' .

Sans parler, dans l'histoire de la dépopulation opérée à rint^eur par les guerres civiles, ni du siège de Lyon, ni du siège de Toulon, ni de la destruction totale de la ville de Bédouin , les appréciations les plus dignes de foi ne portent pas à moins de quatre à cinq cent mille âmes, les personnes de tout âge et de tout sexe massacrées dans les onze départements qui furent le théâtre des guerres de la Vendée. La révolution atteignit, pendant ces guerres, les dernières limites de la férocité et du cynisme dans la destruction et dans la mort.

Après ce qu'on nomma la Pacification de la Vendée par le général Hoche, un représentant de ces malheureuses contrées put venir au conseil des Cinq-Cents faire entendre ces effroyables paroles : a Je suis échappé de ce trocqpeau d'hommes ou femmes, actifs, neutres ou passifs dans la révolution, patriotes ou rebelles, qui errent depuis trois ans dans les sépulcres et se nourrissent d'un pain arrosé de larmes, pétri avec les cendres de leurs maisons et les os de leurs amis^.» Ces paroles étaient vraies; la pacification

^ Sîr Franoîs dlvtrnoy, raèjtfoii deiptrmqtmk févoUaiûneièa $mrre mU i)auiées au peuple frênçmêi 1. 1, p. âl4« 2 Moniteur du 42 juin 4796.

s'était accomplie sur les ruines de vingt villes et de dix-hait cents villages incendiés^ ; et Hoche, malgré ses vertas républicaines j n'avait pu réaliser que le mot de Tacite : « Vbi solitudinem faduni, pacem appellant; quand ils ont dépeuplé un pays, ils disent qu'ils Tout pacifié. »

Il serait aujourd'hui superflu de rappeler en détail les moyens de destruction employés à la dépopulation des onze départements qui longent ou qui avoisinentla Loire» comme le Finistère, le Morbihan, les Côles-du-Nord , la Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, la Mayenne, la Manche, le Calvados, TOrne, la Sarthe et Eure-et-Loir. Ici, on fusillait douze cents personnes en un seul jour^; là, pendant le siège d'Angers, on en fusillait et on en noyait de trois à quatre mille ^. Le feu ou Teau, c'était la seule alternative qui tint les bourreaux en suspens^.

1 « Hoche n*a rien pacifié dans la Vendée , où le combat a fini faute de combattants. Que signifie une paix accordée à quelques habitants d*un pays dévasté, et sur l'étendue duquel on compte plus de vingt villes et dix-huit cents villages ou hameaux réduits en cendres? — Général Danican, les Brigands démasqués^ p. 494.

3 Général Danican, les Brigands démasqués ^ p. 483.

3 « Pendant le siège d'Angers, dit le général Danican, Millière et ses complices firent mourir aux ponts de Ce trois ou quatre mille Français. Les témoins de ces horreurs sont : Hortode, commis au comité de la guerre; Christophe, capitaine au &* régiment de hussards; Lacroix, maintenant à Tétat-major de Paris. C'est lui qui mena à Laval les municipaux que Millière fit noyer. » — Général Danican, les Brigands démasqués^ p. 22.

^ «Les enverrons-nous (soixante et un prêtres) à Nantes? les ferons-nous fusiller au coin d'un boîs, ou leur ferons-nous faire la pêche au corail devant la Bannette ? — Parle ! » — Lettre du comité

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