LIVRE DEUXIÈME. t
L'émigration entrait donc dans les plans des révolutionnaires, et ils n'avaient pas caché , dès les premiers mois de 1789 , qu'ils prétendaient se partager les châteaux et les domaines de la noblesse, o Jamais, disait Camille Desmoulins, plus riche proie n'aura été offerte aux vainqueurs. Quarante mille palais, hôtels, châteaux, les deux cinquièmes des biens de la France à distribuer, seront le prix de la valeur ". » Aussi rémigration fut-elle toujours beaucoup plus sérieusement excitée qu'arrêtée. Le 1 6 octobre 1791 , Louis XVI adressa aux émigrés une proclamation pour leur ordonner de rentrer dans leur patrie ; mais, le même jour, Jourdan-Coupe-Tête tachait les murailles de la Glacière du château d'Avignon des larges diaprures de sang qui les rougissent encore '. Les familles avignonnaises, retirées en Suisse ou en Italie, reçurent donc à la fois Tordre du roi de rentrer dans leurs maisons, et la certitude d'y être impunément égorgées.
C'est ainsi que les massacres publics et impunis des négociants , des magistrats , des prêtres mirent
t Trots milliards , volés par les fournisseurs et par les agents de toute espèce» sont aujourd'hui en concurrence avec TÊtat, dans ses acquisitions.... L'administration des armées est pleine de brigands; on vole les rations des chevaux. On n'y reconnaît point de subordination , parce que tout le monde vole et se méprise. « — Rapport ieSaint-Just à la Convention, du 26 février 4794. Moniteur du 27.
< Camille Desmoulins, la France libre^ p. 8.
* La Glacière est Tune des tours de l'ancien château des papes.
n HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
saoœssiyeiDdiitai faite les familles dont les dépoaifles étaient convoitées : à Toulon, le 7 décembre 1789; à Montauban, le 1 3 mars et le 1 3 mai 1 790 ; à Toaloose, le 18, le 19 et le 20 avril 1790; à Nîmes, le 29 mars,^le3 et le 11 mai, le 13, le 14, le 15, le16, le 1 7 juin 1 790 ; à Uzès et à Béziers, pendant le mois de février 1791 ; à Montpellier, en novembre 1791^ époque où six cents familles émigrèrent en on seul jour; dans tout le Yivarais, en mai 1791 ; à Alais, à Marseille, à Bordeaux, le 14, le 21 et le 22 juillet 1792; redoutables préludes de celte terreur du 10 août , qui réduisit la Législative elle-même , de 74o membres présents à Paris, à 284 présents à la séance ^
En Alsace, la dépopulation avait été résolue en grand par les commissaires de la Convention nationale; et telles furent les violences exercées par deàx exécrables proconsuls, Schneider et Monnet, parcourant et décimant les campagnes avec deux guillotines, que cinquante mille cultivateurs émigrèrent, pendant l'hiver de 1793, avec les vieillards, les femmes et les enfants ; et ils n'avaient pas encore obtenu, en août 1797, d'être effacés des listes fatales^.
Ces listes des émigrés, ordonnées par le décret du 1 7 novembre 1 792, sanctionnées par celui du 1 2 juillet 1793, qui donnait au déiM)nciateur le dixième ées
1 Latty-ToUendal , Défense des émigrés, 1. 1, p. 922, 226.
3 Voir , sur eette émigratioQ forcée de doqnante mille habitante du Haut et du Bas-Rhin , le rapport ctroonstancié et horrible faH par Harmand de la Meuae au conseil des Andens, le 24 août 4797. — Monikmr du 2S et du 29.