‹ Histoire du directoireChapitre 103 sur 241 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

et encore plus d'orgueil y était la sienne. Il riait sans difficulté de la doctrinedes apôtres, des conciles et des Pères; mais il n'aurait pas osé rire des décisions da Grand-Orient.

Il y avait, en outre, dans l'esprit de Robespierre une certaine pente qui inclinait au mysticisme, à la rêverie, à l'extase. Quand il écrit, sa figure favorite est l'apostrophe ou la prosopopée , et le ton habituel de son style , le lyrisme. Il avait pris ces formes de Jean-Jacques Rousseau, dont il avait un peu Tâme et beaucoup le caractère. Il s'était fait une cour de vieilles femmes, que Manud appelait,, dit Yilate, \&& dévoles de Robespierre y et parmi lesquelles figurait, au premier rang, une baronne de Chalabre qui tenait presque sa maison \ Ces femmes le suivaient partout, à la Convention, aux Jacobins; elles l'appelaient tout haut des noms les plus tendres , et le couvraient d'applaudissements passionnés.

C'est ce goût de Robespierre pour la maçonnerie et pour l'illuminisme qui amena son espèce d'affiliation aux mystères de la mère de IHeu.

Catherine Théot, dite la mère de IHeo, était une

fille exaltée et visiomaire, née dans le diocèse d'A-

vrancbes en 1 725. Elle était p«r coaséqu^OLt âgée de

< Yilate, Us Myrtèreté» la mène» Dieu déomUs, p. 34Ô.— Voir diverses lellres de la baroiw de Chakdsffe , adressées à Robespierre, dans VHisMrê parienmUmre da BudKK el Bfiœi, t. XXXV. — Fth piers de Babûtinêrrê»

soixante-neuf ans en 1794. Elle avait passé la plus longue partie de sa vie à la Salpêtrière ou à la Bastille, comme folle, et elle habitait, en ce dernier temps, un appartement au troisième étage de la maison portant le n** 1078, dans la rue Contrescarpe, section de rObservatoire*.

Cette fille avait formé , on ne sait trop comment , une secte fort répandue *, dont les principaux zélateurs étaient, après elle, Tancien député du clergé de Riom aux états généraux , dom Gerle, et une femme Amblard, veuve Geoffroy, qui avait dans la secte le titre d'Éclaireuse. Un médecin de la duchesse de Bourbon, grand magnétiseur, nommé Quesvremont de Lamothe, et une marquise de Chastenois, sorte de folle, fort entêtée de magie, et Tétudiant dans la Clavicule de Sahmon, composaient , avec une belle fille blonde, dite la Chanteuse ^ et une belle fille brune, dite la Colombej le personnel le plus en évidence dans cette étrange société.

Dom Gerle, qui appartenait avant la révolution à Tordre des Chartreux, fut un des premiers prêtres ou religieux qui rompirent ouvertement avec l'Église. Repoussé, comme de raison, et déclaré apostat par le général de l'ordre de Saint-Bruno, il se lia avec Catherine Théot, sur ce qu'il avait entendu dire : que cette femme combattait, depuis nombre d'années, la

' Rapport de Yadier, Moniteur du 47 juin 4794.

2 a Le nombre de cette secte, dît Sénart, est inconcevable; elle était répandue partout. Souvent, dans les rues, j*ai fait le signe des initiés, et l'on me répondait. » — Sénart, Mémoires, p. 486.

Page 1