LIVRE DOUZIÈME
l'àme, ridée d'un Dieu rémunérateur de la vertu et vengeur du crime. Le discours terminé, Chemin entonna, et fit chanter par les assistants, avec Taccompagnemait des musiciens aveugles, Thymne suivant, dont la musique n'était pas dépourvue de maje^ ' :
Père de l'univers, suprême intelligence, Bienfaiteur ignoré des aveugles mortels.
Tu révélas ton être à la reconnaissance, Qui seule éleva tes autels.
Ton temple est sUr les monts, dans ks airs, sur les oncles; Tu n'as point de passé , lu n'as point d'avenir. Et, sans les occuper, tu remplis tous les mondes, Qui ne peuvent te contenir.
Tout émane de toi, grande et première caose; Tout s'épure aux rayons de ta divinité; Sor ton culte immortel la morale repose, Et sur les mœurs, la liberté.
Pour venger ton outrage et ta gloire offensée, L'auguste liberté , ce fléau des pervers , Sortit au même instant de ta vaste pensée. Avec le plan de l'univers.
De la haine des rois anime la patrie : Chasse les vains désirs , l'injuste orgueil des rangs; Le luxe corrupteur, la basse flatterie , Plus fatale que les tyrans.
• Cet hymne , qui avait d^à servi pour la fête de l'ÊtrerSupréme, était de Désorgues, ^t la mnsique de Gûssec.
Peu de jours après cette c^émonie, dont ils cru-
^ Praâbomme, Histoire impartiak des rémlutims^ t. II, p. 75 et 76.
rent avoir lieu d*étre satisfaits, les théophilanthropes se réunirent de nouveau à l'hôpital Sainte-Catherine afin de se donner une organisation et une sorte d'hiérarchie. Ils y nommèrent un comité directeur de trois membres, chargé de surveiller 1 esprit des exercices religieux ; ils y adoptèrent le Manuel de Chemin, et ils décidèrent qu'il y aurait, chaque décade, des exercices publics ^ .
Quelle était la base de la religion des théophilanthropes? — C'était le déisme pur, avec un assez notable mélange de panthéisme ; c'était la prétention de résumer tous les cultes, et par conséquent de les remplacer. V Année religieuse , moins dogmatique que le Manuel^ est un miroir fidèle de la doctrine. C'est un recueil de morceaux destinés à être lus en chaire, les jours de fête, et tirés des ouvrages de Confucius, de Vyasa, de Zoroastre, de Théognis, de Cléanthe, de Phocylide, de Socrale, d'Aristote, d'Isocrate, de Sénèque , de La Bruyère , de Fénelon , de Voltaire , de Rousseau, d'Young et de Franklin. Les deux seuls livres dont les théophilanthropes n'avaient pas emprunté une ligne, c'étaient la Bible et l'Évangile.
Quoiqu'ils eussent pour dogme de résumer toutes les religions dans la leur, les théophilanthropes professaient^ comme tous les autres philosophes révolutionnaires, une haine profonde pour le christianisme.
* Année religieuse des théophilanthropes j 1. 1, p. 7. — Prudhomme, Histoire impartiale des révolutions j t. IF, p. 78.