LIVRE DEUXIÈME. f
Un si monstrueux abus de la mort avait effacé des cœurs tous les rudiments de la sociabilité et de la na« ture. C'est ainsi qu'un général tapissait sa chambre d'oreilles de Vendéens, payées vingt francs la paire à ses soldats ' ; c'est ainsi que le Comité de salut public antérieur au 9 thermidor était gravement accusé d'avoir donné à un industriel le château de Meudon, pour y faire l'essai d'une tannerie de peaux d'hommes *.
révolutionnaire d'Angers^ à Richard; citée par Danican, les Srigands démasqués, p. 240.
^ « L*adjudant-général Boulaod donnait aux soldats 20 livres par paire d'oreilles humaines, qu'il s'amusait à clouer dans sa chambre. Le fait est tellement positif, que ce Bouland présenta à un député un mémoire de 800 livres à ordonnancer, pour le payement de quatre-vingts oreilles. Cette pièce a été entre les mains de Laignelot. » — Jfomteur du 22 août 4795, Lettre du général de brigade commandant à Rouen, Aug, Danican»
2 II n'est pas possible d'élever le moindre doute sur Texistence des tanneries de peau humaine, sous le régime de la Terreur. Elle est attestée par des témoignages irrécusables et par des faits matériels.
Prudbomme, en racontant la fête de» l'Être Suprême, célébrée dans le jardin des Tuileries, le 40 juin 4794, dit que les députés o étaient en habit bleu de roi, avec des culottes de peau de daim ; mais que plusieurs en avaient de peau d*homme , conformes à celles qui furent envoyées à Barrère par un général de la Vendée. » — Hist. impartiale des recrutions , t. ViU, p. 390.
Le général Danican, qui commanda les troupes républicaines dans les guerres de la Vendée, constate également le fait. « Quel est le peuple de l'Europe, dit-il, qui ne prend pour une fable l'établissement de la tannerie humaine à Meuden?» On se sowrienic^ pendant qu'un homme vint à la barre de la Convention, annoncer un procédé simple et nouveau, pour £e procurer du cuir en abondance; que le Comité de salut public lui accorda l'emplacement du château de Meudon, dont les portes furent soigneusement fermées; et qu'en-
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Qoelqne horribleB que fassent ces écarts, Roland en avait donné l'exemple, en ccmseiliant aax familles de distiller les oorps de leurs parrats morts , pour en
fin Barrère et Vadier furent les premiers qui portèrent des bottes faites d^ cii«r humain. » — Les Brigands démasquéSy p. 495.
Sans citer encore le témoignage de Fabbé de Montg^Uard, oon~ forme à celui de Prudhomme et à celui du gjénéral Danican, nous arrivons au fait matériel, constatant, d'une manière péremptoire, Texistence des tanneries dont il s'agit.
Ce fait, c'est un exemplaire de la Constitution de 93, rdié en peau humaine, que nous avons en ce moment devant nos yeux, sur la table du seo^ire où nous écrivons cette note.
C'est un petit volume de 403 pages, in-48, sur papier Télin, doré 9ur tranche, imprimé à IHjoii, chez P. Causse, en 4793. La retiure, avec trois fileta dorés sur f^t, imite le vêtu fauve; mus on y recoAoattr ftu prunier coup d'œil, à ne pas s'y tromper, le grenu fin et les pores serrés de la peau humaine.
Yoid maintenant l'histoire de ce petit volume.
La mystère avee lequri lee portes du château de Heikbii furent tenues fermées, éveilla l'attention et la corioaîté; on entt qu'on j tannait des peaux d'hommes. Cependant le régime de la Terreur, sous lequel on était alors , ferma toutes les bouches; et ce ne fut qu'après la chute de Robespierre, au eommencasMnt de 4795, que plusieurs journaux, entre autres le Journal des lois, de Galletti, dévoilèrent cette profanation.»
Celte révélation frappa vivement l'opinion publique, au moment où la Convention discutait la proposition de mettre en jogetn^it Billaud-Varennes, Yadier, Collot-d'Herbms et Barrère. Cet membres de Tancien Comité de salut public, qui avaient accordé le château de Meudon, se disculpèrent comme Us purent, et eouvrirent les murs de Paris d'une grande affiche bleue, dans laquelle ils attaquaient GalteUi.
Celui-ci répondit immédiatement par une autre affiche bleue, dont nous avons un exemplaire original sous lee yeux, et qui porte :
« Plusieurs journaux avaient parlé avant nous des prétendues tamteries êê Meudon. Le fait nous parut si hasardé, que nous nous contentâmes de rapporter Ktléralement les détoils que donnait à ce ujet une feuille accréditée. FiBaud-Yorenncs, VertHer, Collot et
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£nre de Fhmie*; et Brissot^ en dédatsant les raisons qui légitiiBaient j selon lui , l'étoblisseiDent de boa-
Barrère ont cru bon et utile de signer une grande affiche bleue contre nous seuls. Elle couvre tous les murs de Paris.
» À la première explication que nous venons de donner , nous ajoutons que le fait de la tannerie de peau humaine^ s'il n'a point existé à Meudon, a certainement existé ailleurs, puisque un de nos abonnés conserve, comme un digne monument de la tyrannie des déeaaiîra. mie Gùastilutioii de 41S3y imprâiée à DijMi» chez Causse^ sur papier vélin , et reliée en peau humaine^ qui imite le veau fauve. Nous offrons de la montrer d tous ceux qui seraient curieuiûd^Unmr.
»Qi}'a voulu dire Merlin (de Huonvilla), lorsqu'il s'est éorié, dans la séance du 42 ventôse : On sait que ce n'est pas à Meudon qu*on tannait les hommes I On assure qu'on a vu dans la Yeudét des géoéraox républicains porter des eukiUm éepmu d^homme I »
le Mçmiteur du 4 i ventôse — 2 mars 4 795 — ne rapporte pas les paroles de Merlin, qui, en niant la tannerie de Meudon, avouait les autres. Il contient seulement une petite note, relative à la visite de rétabUasttBMi^ é» Meodon , faite par des membres de l'Assemblée, qui démentent l'existence de la tannerie de peau bumaine. Il ne faut pas oublier que la réaction thermidorienne avait pu et dû la faire disparaître.
Eh bien l le petit volume décrit par Gailetti, c'est celui que nous avons sous les yeux. II appartenait à feu M. Villenave, arrêté à Nantes par Carrier, en 1793, envoyé au tribunal révolutionnaire de Par»» avec les cent trent6«4eQX Nantais que le 9 thermidor sauva de l'échafaud, et dont la bibliothèque renfermait de si précieux documents sur la révolution.
Il porte, «ur une feuille blanche placée avant le litre» cette note écrite de la main d(t M. ViUenave : CmsUMimi de 4793, imprimée à Dtjon, chez Causse^ reliée en peau humaine.
Ce petit volume et l'affiche de GaDetti, achetés à la vente des livres de M. Villenave, en novembre 4849, appartiennent à M. France, Hbrailre, quai Malaquais, 47, qui a bien voulu les mettre à notre disposition.
^ V.oir les Mémoires pour servir à Vhistoire de fa ville de Lyon^ pendant kt révolution^ t. I, p. 58-59, où Tabbé Guillon de Montléon donne de longs détails sur le Mémoire de Roland. ,
chéries de chair humaine ^ Les plas odieax excès du régime de la Terreur restaient donc encore au-dessous des doctrines philosophiques du parti de la Gironde.
De même que Saint-Just avait fait la théorie de la spoliation en matière politique , Barrère fit la théorie des supplices en matière de gouvernement, a La guillotine fait tout, disait-il; c'e&t elle qui gouverne*.
La révolution avait été inaugurée par la prise et *par la démolition de la Bastille, cette redoutable prison d'État, qui contenait, le jour où ses portes furent brisées, sept prisonniers, savoir : quatre faussaires, un homme détenu sur la demande de sa famille, un idiot et un inconnu^. Trois ans plus tard, cette même révolution possédait quarante-huit mille sept cent vingtquatre prisons d'État, renfermant plus de deux cent mille détenus politiques; sans compter les prisons supplémentaires de Paris, faites à la hâte avec d'an* ciens hôtels, d'anciens couvents et d'anciens collèges^.
Paris renfermait , sous le régime de la Terreur , TRENTE -SIX vastos maisous d'arrêt, contenant en moyenne huit mille prisonniers politiques; sans compter quatre-vingt-seize autres maisons d'arrêt,
^ Brissot de Warville, Bibliothèque philosophique^ t. VI, p, 343. ^ Villatte, Mystères de la mère de Dieu dévoilés, chap. x. 3 Moniteur du 21 juillet 4789.
* Moniteur du 4 mars 4795, séance de la Convention du 2, rapport de Saladin, au nom de la commission des Vingt-Un.