‹ Histoire du directoireChapitre 114 sur 241 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

honnêtes , auraient été corrompas par une administration infâme, qui leur faisait des dilapidations et da vol une nécessité et comme une règle.

Les premiers munitionnaires, ceux de la Convention, furent naturellement les moins scrupuleux. D'abord, on les avait pris un peu partout , sans choix, sans garanties, heureux de les trouver. Ensuite, ils arrivaient au moment où les difficultés étaient les plus grandes, la confiance nulle, les transactions anéanties. Il fallait bien qu'ils se couvrissent, en raison des chances qu'ils avaient contre eux. D'ailleurs, on avait toujours la ressource de les condamner aux galères et de les mettre au pilori , pour l'exemple , comme on fit, sans y regarder de trop près, de Perrin , membre de la Convention et ancien maire de Troyes'.

D'ailleurs , nous Tavons dit , il était fort difficile qu'il y eût des fournisseurs très-scrupuleux , à une époque où les bureaux des administrations imposaient des vols pour en profiter. C'est ici le lieu de répéter les paroles de Saint-Just, que nous avons

^ Moniteur du 29 octobre 4793. — Ce malheureux Perrin, qui mourut de douleur, avait été jugé comme on l'était au tribunal révolutionnaire; la République lui devait de l'argent , quand elle l'envoya aux galères.

Le jugement de condamnation fut rapporté , et la mémoire de Perrin réhabilitée, le 3 septembre 1795; et la Convention fit payer à la veuve et aux enfanls ce qui leur était dû. — Voyez le Moniteur du 7 septembre 1795.

f7d HISTOIRE DU DIBKCTOIRE.

déjà Gilée8 : « Trois milliards, volés par les fournisseurs et par les agents de toute espèce, sont aujourd'hui en concurrence avec l'État dans ses acquisitions r administration des armées est pleine de

brigands; on vole les rations des chevaux. On n'y recoonatt point de subordination , parce que tout le monde vole et se méprise ^ »

Les choses restèrent ainsi sous le gouvernement du Comité de salut public, et ne changèrent pas sous le Directoire. L'administration de ce temps les avait soigneusement maintenues; et elle facilitait les vols aux munitionnaires, parce qu'elle voulait voler par leurs mains, ne pouvant, sans doute, le faire assez par les siennes. Yoici les explications naïves que donnait au gouvernement et au public un fournisseur de l'armée d'Italie, dans une lettre insérée au ilfoni- ^e«r du 12 avriM798 :

« Je suis obligé de voler la République pour parvenir à être payé de ce qui m'est dû. Lorsque je présente mes comptes au commissaire des guerres, il n'y met son attache qu'après avoir touché une rétribution. Faut-il ordonnancer le compte? le commksaire ordonnateur demande sa part ; enfin, le payeur général me retient un tiers de la valeur, et il exige l'acquit du tout. Il assure que c'est par ordre supérieur, et pour fournir aux dépenses des officiers généraux. Aussi ils étalent un faste scandaleux. L'un d'eux per-

1 Rapport de Saint-liist à la CDD^ealiQii, du 116 février I7»i ; Moniteur du 27.

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