LIVRE DEUXIÈME
moindreay annexées aux comités révolutionnaires '. Voilà ce que la prise et la démolition de la Bastille avaient rapporté à la liberté !
Sur cette masse effroyable de prisonniers y environ deux cent mille étaient ce qu'on nommait les suspects^. Les autres, dont il serait impossible de dire le nombre avec précision, formaient le parc de Fabattoir démagogique, où était renfermé le troupeau dont, selon Texpression de Jean-Baptiste Rousseau, la mort était le pasteur. A Paris, le 1 ^' mai 1 794 , ces prisonniers , au milieu desquels Sanson , sans jamais les épuiser, prenait tous les jours à pleines charretées, s'élevaient à huit mille quatre cent dix-huit '. Il y avait des moments où les prisons des départements étaient encore mieux garnies. Celles de la petite ville d'Orange contenaient, en 1793, douze mille prisonniers voués à la mort , et qui la subirent *. Lyon , Nantes et la Vendée n'avaient pas de prisons, parce qu'on n'aurait pas pu en trouver d'assez vastes. Quant aux bourreaux, celui de Paris se plaignait déjà, en 1 792, d'être ruiné parsa besogne*. Elle était effroyable
^ Procès de Fouquier-Tinville , déposition de Thirriot-Grandpré, cinquante-unième témoin, — Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ no 48.
2 Camille Desmoulins, le Vieux Cordelier^ n^ 4.
^ Pradhomme, Histoire impartiale des révolutions, t. VIII, p. 260.
* Lettre de Maignet à Cou thon ; pièces trouvées chez Robespierre ^ n« 408.
^ Extrait' d'une lettre de l'exécuteur Sanson à Hbederer, procureur-général du département:
Monsieur, Pari?, 8 août 4792.
Le mode d'exécution qui se pratique aujourd'hui triple ai*
ea effet y car en vingt-sept jours ^ da 13 messidor an 9 thermidor an II — du 1^ au «7 juillet 1794, — la guillotine de Paris expédia cinq cent quinze personnes '.
Les esprits sont universellement d'accord pour maudire cette politique d'extermination, dont Saint- Just avait fait la base de son gouvernement*; mais
sèment les frais des dépenses enotennes, en outre du renchérissement de toutes les choses nécessaires à la vie.
Le service et le nombre des tribunaux criminels me forcent d'avoir un nombre de personnes en état de remplir les ordres que je reçois, moi, personnellement, ne pouvant être partout. Il me faut du monde sure , car le public veut encore de la décence ; c'est moi qui paye cela.
Pour avoir du monde conmie il le faut pour cette ouvrage, ils veulent des gages doubles des autres années antérieures...
L'abolition des préjugés semblait m'avoir focilité sur la difficulté de (poiiver des sujets; au contraire, je me suis aperçu qu'elle n« servie qu'à faire disparaître tous ceux dans la classe desquels je pouvais en avoir, par la faculté qu'ils ont de servir chez des partkmUers.
J'ai quatorze personnes tous les jours à nourire^ dont huit sont à gages, trois chevaux, trois chartiers, les accessoires...
Vn rayer énormes ^ à raison de l'état (de tote les temps, Fexéculwr a toujours été logé par le roi)-
Les faux frais d'exécution, journellement très -commune, d'autrescharges de famille, comme parens et vieux domestiques infirmes qui ont sacrifié leurs vies à ce service, lesquels ont droit à l'humanité...
SàNS<»V,
Exécuteur des juge inents criminelsde Paris. {Bévue rétrospective, t. II, p. 452.)
< Vrnr au MoméÊur le relevé des exéculkHia.
^ « ... Entre le peuple et ses ennemis il n'y a rien de commun qpe le glaive,.*}^ -^ Rapport de Saint-Just à la Conveation sw le gouvernement révolutionnaire, 40 octobre 4793.