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LIVRE QUINZIÈME. ^tS

de leurs marchés, de leurs bénéfices, de leurs fêtes, que Reubell passait sa vie. Il était difficile que TopinioD publique ne T associât point à ces opérations, et ne lui en réservât pas la portion la plus nette. Pourquoi, devait-on se dire, pourquoi seul, dans l'administration de ce temps dissolu, se serait-il montré peu soucieux de sa fortune , lorsque, autour de lui, chacun s'occupait ardemment delà sienne? Pourquoi, seul de sa famille, aurait-il vécu d'une vie austère, lorsque son beau-frère et ses familiers mettaient publiquement la Suisse au pillage?

Sans vouloir anticiper ici sur la politique intérieure ou extérieure du Directoire , dont le tableau et l'appréciation viendront en leur lieu , nous pouvons dire pourtant que quelques directeurs, ceux qui, avant et après le 9 thermidor, avaient pris une part expresse et active dans les mesures violentes et cruelles diri* gées contre les royalistes et contre les démagogues, avaient tout à craindre du triomphe de l'un ou de l'antre de ces deux partis. Le parti royaliste les menaçait de leur faire expier la Terreur; le parti républiciaiin , de leur faire expier la réaction thermidorienne.

Cette situation ambiguë jeta quelques-uns de ces hommes, Reubell d'abord, Merlin ensuite, dans une politique ayant pour but le triomphe d'un parti révolutionnaire mixte, qui était l'ancien parti orléaniste de 1 791 , parti tenant à la fois du royalisme et de la Terreur, et pouvant, au besoin, trouver grâce chez

l'un OU chez l'autre. Ce fat cette politique à deux faces qui poussa toujours à la guerre , parce que la paix aurait amené le triomphe des républicains, aussi redoutables à Merlin et à Reubell que les royalistes; ce fut cette politique qui, à la fin de 1797 , et pour rompre la paix signée à Campo-Formio , jeta la République française dans une guerre impie contre la république helvétique. Merlin crut y voir un moyen de sauver sa tête ; Reubell, un moyen de remplir sa caisse.

Deux hommes comme on n'en trouverait pas de pareils dans les époques régulières et calmes, furent chargés de diriger et d'exploiter cette invasion armée de la Suieee , Mingaud et Rapinat : le premier était chargé de la politique , le second de la finance. « Les aetes diplomatiques de Mingaud, dit Barthélémy, sont tes actes d'un niais, que le Directoire avait établi à la tête d une armée-, les actes de Rapinat sont les actes d'un aigrefin plus subtil , qui a des lingots à saisir et des vases sacrés à piller... Il était secondé par un nommé Rouhier, sorti des relations extérieures, son fidèle compagnon de pillage, qui a fait, comme Rapinat, la plus étrange fortune en Suisse ' .»

Toute l'Europe fut scandalisée de cette invasion de la Suisse, fondée sur les motifs les plus ins^isés, et qui eut pour réwiltat^ indépendamment du pillage,

* Barthélémy, Mémoires historiques et diplomatiques, p. I3i-135.

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