‹ Histoire du directoireChapitre 124 sur 241 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

d'y établir un gouvernement beaucoup moins démocratique que celui qu'elle avait. Mais tandis que Merlin feignait de soutenir les droits du pays de Vaud, en demandant le rétablissement des États existant au seizième siècle, a les véritables droits de Reubell, ajoute Barthélémy, étaient ces lingots conservés depuis des siècles dans les caves de Berne , que la parcimonie du gouvernement bernois , dont le Directoire ne suivra pas l'exemple, conservait et augmentait annuellement. Le Directoire se gardera bien de rendre des comptes fidèles de ces lingots. Comment pourrait-il les rendre? Reubell avoue officiellement que son beau-frère Rapinat disposait de telles sommes , que des erreurs de six cent mille francs ftirent imperceptibles dans la masse ^

Les sommes ou valeurs enlevées de la Suisse par le Directoire, en lingots, argent ou vases sacrés, ftirent estimées à plus de cent millions*. Rapinat manipula tous ces trésors d'une telle manière , que Mingaud lui-même en fut scandalisé, et approuva le nouveau gouvernement delà Suisse d'avoir mis les scellés sur ce qui restait dans les caisses publiques, pour le soustraire aux dilapidations des agents du gouvernement français ^

Ces exactions odieuses tachèrent, comme on le pense, non-seulement les agents qui les exécutaient,

* Barthélémy, Mémoires historiques et diplomatiques, p. 424-122. 2/6id., p. 423.

3 Ibid,, p. 436.

mais Reobell qui les avait ordonnées; et ce furent elles qui , parmi les lazzis sans nombre de ce temps dirigés contre Reubell, Rapinat^ Forfait et Grugeorij, donnèrent lieu à ce quatrain, resté célèbre :

Un bon Suisse qu*on ruine Voudrait que Ton décidât Si Rapinat vient de rapine , Ou rapine de Rapinat.

Les principes bien arrêtés de Reubell sur Tincompatibilité du civisme avec la probité ; ses relations permanentes et obligées avec les fournisseurs ; le pillage éhonté de la Suisse par Rapinat, qu'il soutint et maintint opiniâtrement , contre l'universelle clameur de l'opinion publique, — c'était là , on en conviendra, beaucoup plus qu'il n'en fallait, en ce temps de probité douteuse, pour faire mettre assez généralement en question celle de Reubell '.

Tel qu'il était, et malgré sa déplorable réputation, Reubell ne dominait pas moins le Directoire, parce que seul il avait une volonté ferme, parce que seul il aimait le travail et marchait à un but.

< Des documents administratifs, qui nous ont été communiqués , prouvent, comme le disait Teropereur, que Reubell n'avait pas amassé une fortune sous TEmpire. Napoléon donna une pension à sa veuve. Nous avons égaletnent eu la preuve officielle que , malgré la dépêche de Bonaparte, relative à l'administration des armées, M. Lacheze, consul à Gênes en 1797, est mort, en 4843, directeur de Tenregistrement et des domaines du roi de Naples.

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