‹ Histoire du directoireChapitre 125 sur 241 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

Reubell fut le type le plus exact du démagogue français. Il n'aimait , lui, chef d'un gouvernement libre et républicain y ni la liberté, ni la République. (( Il était républicain, dit Prudhomme, comme les princes allemands, ses clients* ». Garnot complète ridée de son caractère en ajoutant : « Reubell est le seul qui ait un plan suivi et des connaissances positives; mais il croit la liberté impossible, et ne voit de gouvernement que dans le despotisme le plus absolu * ».

C'étaient d'étranges hommes que ces prétendus républicains , faisant la guerre aux rois d'Europe, après avoir tué le roi de France, et n'ayant jamais à la bouche que des déclamations et des injures contre les tyrans!

(( J'ai entendu Barras, dit Garnot, gémir plus d'une fois de ce qu'on n'avait pas assez tué en vendémiaire; et Reubell, parfaitement de son avis, proposant, un jour que nous étions dans une grande pénurie, de lever sur Paris une contribution forcée de 60 millions dans les vingt-quatre heures : « Vous voulez donc, m'écriai-je, remettre à l'ordre du jour la terreur et la mort? » — a Je voudrais qu'elles y fussent déjà! répondit Reubell. Je n'ai jamais eu qu'un reproche à faire à Robespierre, c'est d'avoir été trop doux! y> Et Barras répéta son mot favori , ce mot que Germain lui a ensuite reproché en

* Pradhomme, Histoire impartiale des révolutions, t. XI, p. 13. ^ Garnot, Réponse au rapport de Bailleul , p. 155.

d'autres termes : « Nous n'en serions pas là si l'on avait mieux châtié les Parisiens en vendémiaire * ». Reubell sortit du Directoire par la voie da sort, le 10 mai 1799. Une longue et effroyable clameur, dirigée contre sa vie publique , le suivit au Conseil des Anciens. Des adresses nombreuses produisirent la liste des excès qu'il avait commis. Le conseil, après de longs débats, laissa tomber l'accusation dans l'oubli. Quelles gens avaient, parmi ses collègues, le droit de lui jeter la première pierre?

* Carnot , Réponse au rapport de Baiîleul, p. 474.

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