LIVRE SEIZIÈUE
mée de Condé, ne tombât un jour du côté par où il penchait si visiblement.
Barras avait donc, surtout à cette époque où la société mutilée sortait de ses ruines , ce qui attire les esprits, ce qui les rassure, ce qui les domine. Reubell d' abords Merlin ensuite, Sieyès à la fin, lui servirent à faire prévaloir sa politique. Ses collègues pouvaient dire qu'ils étaient directeurs ; seul. Barras put dire qu'il était le maître.
Paul-Jean-François-Nicolas, vicomte de Barras, né à Fos-Emphoux , près Barjols , le 30 juin 1 755 * , était d'une famille dont on disait qu'elle était aussi ancienne que les rochers de la Provence. Son frère aîné entra au service de Tescadre, et lui d'abord au régiment de Languedoc, puis au régiment de Pondichéry, où il était capitaine à la suite avant la révolution.
Rentré en France après que la paix de Versailles
> Les ennemis de Barras prétendirent^ en 4797» qu'il n'avait pas rage voulu par la Constitution lors de soi^ entrée au Directoire. Un message à ce sujet fut adressé, par le conseil des Cinq-Cenls, au Directoire, le 26 juillet; le Directoire répondit le lendemain que Barras élait né le 30 juin 4755, et que, par conséquent, il avait quarante ans et trois mois le jour de son entrée en fondions. En général, l'extrait de baptême de Barras ne passa pas, à cette époque, pour irréprochable; et il y avait de bonnes raisons pour le contester, puisque dans l'instruction qui eut lieu, en décembre 4789, sur les événements du 5 et du 6 octobre, Barras déclara n'avoir que trente-deux ans. — Yoy. le Motiiteur du 27 et du 28 juillet 4797.
eut fait cesser toutes les luttes qui l'avaient attiré aux Indes , il sollicita longtemps et Tain^onent , sons le ministère du maréchal de Gastries, de Tavanoement et de remploi. La révolution le trouva an bout de sa patience et de son patrimoine, vivant comme il pouvait, au quatrième étage d'une maison de la rue dn Champ-Flenry \
Hardi, bruyant, n'ayant au jeu que sa personne^ on le trouve mêlé, quoique avec une certaine prudence, aux épisodes violents de la révolution. En
1789, il assistait à la prise de la Bastille. En 1792, il assistait à la prise des Tuileries; mais alors, comme toujours, il s'engageait tout juste assez avant dans les questions pour qu'elles fussent un titre à invoquer, mais pas assez pour qu'elles fussent un danger à craindre.
Puisque Danton , Robespierre et Marat entrèrent dans la révolution en royalistes , on pense bien que Barras, gentilhomme et officier, n'y entra pas en démagogue. Il aimait et honorait fort Louis XVI, en
1790, et, comme beaucoup d'autres qui l'avaient aussi aimé et honoré , il vota sa mort en 1 793.
Barras était à Versailles le 5 octobre, et il assista, sur la place d'armes, à l'arrivée des bandes paarisiennes. L'un de ces hommes dit, à côté de lui : « B faut aller au château, se saisir de la personne du roi et de la reine. On n'a pa^ besoin de tous cœ goiislà. Puisqu'ils ne savent pas gouverner, il faut se dé-
« Danican , les Brigands démoi^fiêês^ p. 403*