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LIVRE SEIZIÈME

Carnot et Letourneur n'étaient qtie des hommes de cabinet. Barras était une épée, dont La Révellière et Reabell se flattèrent d'avoir la poignée dans la main.

Chose étrange et qui le caractérise pleinement , Barras conserva jusqu'au bout ce prestige militaire qui lui avait coûté si peu. Le coup d'État si énergique, et qui eût pu être si fécond, du i 8 fructidor an V, il le laissa exécuter entièrement par le général Augereau, auquel les vainqueurs en ravirent le profil et la renommée.

C'était la haute stature , la voix forte et accentuée de Barras, et une sorte d'exubérance méridionale, qui lui tinrent lieu d'exploits militaires. On lui attribua, sans discussion, toutes les choses dont il se disait capable.

Ce fantôme de César et de Cromwell se fondit et s'évapora, sous le feu des premiers regards qui se fixèrent résolument sur son visage.

... Le 8 brumaire, — 30 octobre 1 799, —dit l'Empereur, Napoléon dîca chez Barras. Il y avait peu de monde. Une conversation eut lieu après le diner. (( La République périt, dit le directeur, rien ne peut plus aller. Le gouvernement est sans force. 11 faut faire un changement, et nommer Uédouville président de la République.

» Quant à vous, général, wtre intention est de vous rendre à Parmée; et moi, malade, dépopularisé, usé, je ne suis bon qu'à rentrer dans la classe privée... »

3a HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

Nipcrféon Je regarda fiœement, mds lai rien réponé». Bafn(n bai$sa les yeuœ, et demewa interdit La orarerealkm finit là. Le général Hédoimlle était on homme d'une excessive médiocrité, Barras ne disait passa pensée...

Le lendemain Barras vint, à Irait heures, chez Napoléon, qui était encore au lit. II voulut absolument le voir, entra, et lui dit qu'il craignait de s'être mal expliqué la veille; que Napoléon seul pouvait sauver la République ; quMl venait se mettre à sa disposition, faire tout ce qu'il voudrait , et prendre tel rôle qu'il lui dcmnerait. Il le pria de lui donner fassurance qme, s'il méditait quelque projet, il comptCTait sur Barras ^

Toute la puissance militaire de Barras s'était donc évanouie sous le regard de Bonaparte; et quoiqu'il pût avoir pour soldats les démagogues du Manège , et pour chefs Augereau, Bernadette et Jourdan, il se laissa enlever tout doucement et conduire à Grosbois, sans avoir eu seulement la pensée de faire une objection à ce véritable et glorieux soldat, dont il connaissait la résolution mieux que personne.

Rien n'avait encore altéré, en 1796, le prertige attaché au nom de Barras. Sa gloire était dans sa fleur, et son crédit dans sa force. On avait pleinement ou-

1 MoDâiolon, ifémoires^erUB à Sainie-BélèM, t. T, p. 7^.

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bl^ sa Ti^Ue adioiratioii pcmr Marat, et laéKie fa lameuae^i^pédbBe da 20 décefEoine i 7Siâ, où il œanibHt va. Comité de Sahit Pol^ que « les galéri^tô éttteat leB pbas honnéteB ^ns qa'il eèt trouvés à Toulon ^ » Ce style plaisait aux anciens démagogues; et les aristocrates le lui pardonnaient, en faveur de certains actes hasardés qu'il ne se refusait pas, et qui rappelaient les procédés des chevaliers et des marquis de la Régence. Ainsi, Fabbé Poncelin, qui était pourtant aussi un ancien ami de Marat , s'étant permis^ dans son Courrier Républicain^ quelques railleries qui n'étaient pas du goût de Barras , le directeur Tattira au Luxembourg, et ses laquais donnèrent au pauvre journaliste force coups de bâton , qu'il lui fallut garder, quelque bruit qu'il essayât d'en faire.

Le ministre de l'intérieur et le juge de paix de la section de l'abbé Poncelin, émus de ses cris, se transportèrent avec lui au Luxembourg , et l'invitèrent à indiquer la salle où son injure s'était consommée. Le malheureux Poncelin ne put jamais reconnaître l'endroit; et, quoi qu'il pût dire et produire, la justice conclut du doute de la scène au doute de l'aventure*.

Quant à la société parisienne, elle s'estimait trop heureuse de retrouver ses spectacles, ses romans, ses

< Moniteur û\x 28 décembre 4793.

2 Voir, sur l'aventure de Tabbé Poncelin, le Moniteur du 34 janvier 097, où Fiévée raconte Thisloire des coups de bâton; et le Moniteur du 7 février suivant, où se trouve la note qui constate la mystification judiciaire de l'abbé.

petits vers, ses petits soupers , ses bals, ses modes, ses laquais poudrés et ses jolies femmes, pour ne pas rire avec Barras des réclamations d'un écrivain médiocre, qui avait alors le double inconvénient d^ avoir été abbé et maratiste.

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