THÉÂTRES, LETTRES^ MODES
Situation des théâtres et des lettres sous le Directoire. — Influence de l'époque révolutionnaire sur les théâtres , sur les lettres et sur les modes. — Censure du gouTernement révolutionnaire. — Allocations données aux théâtres, aux lettres et aux arts.
Le goût, et même la passion du théâtre, a toujours caractérisé les Parisiens. Un ou deux petits théâtres suffisent à Rome 9 deux ou trois à Naples, trois ou quatre à Londres : vingt ne suffisent pas à Paris.
Il y avait vingt-cinq théâtres à Paris, sous le Directoire, et il y en avait vingt-trois, toujours plus ou moins remplis, pendant la Terreur. C'étaient :
L'Opéra-National, ou Théâtre des Arts, ou ancienne Académie royale de Musique, à la Porte Saint-Martin;
Le théâtre de la Nation , ou de l'Egalité , ou ancien Théâtre-Français , à TOdéon ;
Le théâtre de la République , ou le Théâtre-Français d'aujourd'hui;
Le théâtre de la rue Feydeau , ou ancien théâtre des Comédiens Français ;
Le théâtre de l'Opéra-Comique-National , rue Favart, ou ancien Théâtre-Italien ;
Le Théâtre-National , rues de Richelieu et de Louvois ;
Le théâtre lyrique des Amis de la Patrie, ou l'ancien théâtre Louvois ;
Le théâtre du Vaudeville;
Le théâtre de la Montagne, ou ancien théâtre de la Montansier, auPalais-Rojal;
Le théâtre des Variétés du Palais , à la Cité;
Le théâtre d«a Sasis-Colottes, ou a&dem tUâtre de Molière;
Le théâtre des Délassements-Comiques;
Le théâtre de T Ambigu-Comique;
Le théâtre de la Gdté ;
Le Théâtre-Patriotique;
Le théâtre du Lycée des Arts, au jardin du Palais- Royal ;
Le théâtre Français, comique et lyrique, rue de BoncFy ;
Le théâtre des Var^tés* Amusantes ;
Le cirque d'Asdey, &a spectacle d'éq^oitation de Fnani* conî;
Le théâtre républicain de la Foire Saint-Germain ^ ;
Le théâtre du Marais * ;
Le théâtre d'*Émulation, ou l'ancien théâtre de Nîcolet^;
Le théâtre d'Audinot * ;
Tous ces théâtres existaient sous la Terreur, On vit s'établir sous le Directoire :
Le théâtre de TOpéra-Bouffon, au mois d'octobre 1798 *; Le théâtre des Troubadours, au mois de mai 1799 •.
1 Voir la liste de tons ees théâtim dans k MmOetÊr an S^ janvier 4794.
2 On y joua Robert, chef de brigands^ en 4793. Voir VAbnanach des Muses de 4794, p. 228.
3 Voir VAlmanach des Muses de 4798, p. 290. * Moniteur du 6 octobre 4798.
& Mordtmur du 29 mai 4799.
fi Moniteur du 4 4 février 4795.
LIYBE ÛIX-SEPTI£M£. ai#
rr.
Le Comité de Salut Public et la Commune se servirent (k ces théâtres^ pour passionner et pour pervertir l'esprit de la population de Paris. Il y eut w e&ty pendant la révolution^ une censure très-sévère et même tyrannique appliquée aux théâtres; car nonseulement elle interdisait de jouer telle ou telle pàèce, mais elle ordonnait de jouer telle ou telle autre.
Un décret de la Convention , du 2 août i 793 , réglait en ces termes la direction politique des théâtres :
« Art. 1 ^'. A dater du 4 de ce mois, sur les théâtres qui seront désignés par la municipalité , on représentera trois fois par semaine Brutus, Caïus-Gracchus, Guillaume Tell, et autres pièces de ce genre, capables d'entretenir dans les cœurs Tamour de la liberté et du républicanisme.
ï> 2. L'une de ces pièces sara représentée, tine fois par semaine, aux frais de la République.
» 3. Tout théâtre qui se permettrait de faire représenter des pièces tendant à réveiller la superstition de la royauté serait fermé, et les directeurs en seront poursuivis et punis selon toute la rigueur des lois \»
La pièce de Brutus dont il s'agit était la taragédie de Voltaire; le Caîus-Gracchus était une tragédie de M. J. Chénier, jouée pour la première fois le 9 février 1792; et le Guillaume Tell était un opéra
^ Prudhomme, Révolutions de Paris, t. XVII, p. 63, 64.
de Grélry, paroles du citoyen Sedaine , joué pour la première fois à TancieD Théâtre-Italien , le 9 avril 1791.
Les ordres de la Ck)nvenlion furent ponctuellement exécutés; et un décret, du 22 août 1794, régla, ainsi qu'il suit, la distribution d'une indemnité de cent mille francs, accordée aux théâtres pour frais de représentation gratuite des ouvrages républicains.
La convention alloua, savoir :
A rOpéra -National. 8,500 fr.
Au théâtre de la Nation 7,000
Au théâtre de la République 7,500
Au théâtre de la rue Feydeau 7,000
Au théâtre de l'Opéra-Comique-Nalional. 7,000 Au Théâtre-National des rues de Rkhe-
lieu et de Louvois 7,000
Au théâtre lyrique des Amis de la Patrie. 5,500
Au théâtre du Vaudeville 4,500
Au théâtre de la Montagne 4,600
Au théâtre, des Variétés du Palais. . . . 5,000
Au théâtre des Sans-Culottes 4,800
Au théâtre des Délassements-Comiques. . 4,800
Au théâtre de T Ambigu-Comique. . . . 4,800
Au théâtre de la Gaîté 3,600
Au Théâtre -Patriotique. 3,600
Au théâtre du Lycée des Arts 3,200
Au théâtre Français, comique et lyrique. . 3,200
Au théâtre des Variétés- Amusantes. . . 3,200
Au cirque d'Astley . 2,400
Au théâtre de la Foire Saint-Germain. . 2,800 K
Total égal. . . 100,000 fr.
* Moniteur ûu 24 janvier 1794.