LIVRE DIX-SEPTIÈME
Cette censure théâtrale du gouvernement révolutionnaire, dont la censure royale de Tancien régime n'égala jamais les rigueurs ^^ ne se bornait pas, comme on pense, à ordonner la représentation de certaines pièces. Outre qu'elle ne donnait Tautorisation de représenter les pièces nouvelles qu'après l'avis du bureau des théâtres, établi à la Commune, elle interdisait quelquefois la représentation des pièces de Tancien répertoire les plus accréditées ; et la Convention ne dédaignait pas de descendre elle-même jusqu'à cette œuvre des censeurs. Ainsi, un décret du 31 mars 1 793, rendu sur la proposition de Génissieux et de Boissy-d' Anglas, défendit la représentation de Mérope^.
* a On se rappelle , dit le Moniteur^ à quel joug honteux étaient asservis, sous le Décemvirat, tous les écrivains, nous ne disons pas politiques, il n'en existait plus, mais même les auteurs des productions littéraires.
» Jamais la censure royale n'a égalé le despotisme de Tancienne commission dite d'instruction publique, à laquelle toutes les pièces de théâtre étaient soumises ; ce Btupide orgueil de Messieurs de la police municipale, à la révision desquels elles étaient également portées ; enfin le ridicule autant que barbare établissement de la commission littéraire révolutionnaire, qui avait été formée dans les bureaux du Comité de Salut Public. » — Moniteur du 4 7 février 4 795.
^ Voici les termes de la proposition de Génissieux : « Dernièrement, je me trouvais au théâtre de la Montansier. On y jouait Mérope^ tragédie très-connue de Voltaire. Tous les patriotes qui s'y trouvaient furent indignés de voir que, dans les circonstances où nous nous trouvons, on jouât une pièce dans laquelle une reine en deuil pleure son mari , et désire ardemment le retour de deux frères absents... Je demande que, par un décret, l'Assemblée défende cette représentation. » — Boissy-d'Anglas proposa la rédaction du décret, qui fut adopté. ^Monitear du 21 avril 4793.
Cétait rhabitude des théâtres de transporter sur la scène les grands événements révolutionnaires. Dès Tannée 1790, on y avait transporté la guillotine, alors dans la fraldienr de son invention, et qn'on n'appliqna que le 20 mars 1T92, lorsqu'elle eut acquis tous ses perfectionnements; mais à Tépoque où elle n'avait encore qu'un seul montant, et où son couperet était rond, on guillotina les Quatre Fils Aymon^ sur le théâtre de Y Ambigu *.
Le succès de cette horrible plaisanterie fut immense ; et parmi les chansons sans nombre auxquelles cet événement donna lieu, on distingua particu- Uèremmt la suivante :
Ain: A la façon de Barbarie man ami.
C'est un méeanisiiie nouveau , D'on «flet aïknirable ; Je l'ai tiré de mon cenreau , Sans me donner an diable.
Un décollé de ma façon , La faridondaine La faridondon , Me dira: Monsieur, grand merci, Biribi, A la fiçott de Barbari , Mon ami.
» Actes des Apéires, n» 317, p. 12.