LIVRE DIX-SEPTIÈME
à moins que le sujet des pièces ne fût évidemment antérieur à Tère républicaine *.
On suppose aisément la quantité de Grecs et de Romains que la politique du Comité de Salut Public et de la Commune imposa aux théâtres. Toutefois, ils y furent balancés par les papes, les papesses, les capucins et les religieuses , qui furent livrés à la risée publique.
Il ne faudrait pas croire, comme on le fait trop généralement, que la masse des véritables habitants de Paris s'associât à ces tristes profanations. Le gouvernement pervertissait les populations autant qu'il le pouvait; mais le bon sens et les croyances résistaient à la barbarie, descendue des classes lettrées et philosophiques. Au mois de janvier 1793, la section des Gravilliers faisait fermer les Boutiques à prêtres * ; mais cela n'empêchait pas, dit Prudhomme, toutes les églises qui restaient, d'être pleines, tandis que les assemblées primaires étaient vides ^ ; et quoiqu'on eût déjà violé les tombeaux au Val-de-Grâce ^, il y avait eu messe de Noël et un très grand concours à la châsse de sainte Geneviève le jour de sa fête ^.
L'irréligion et l'immoralité étaient dans le gouver-
* Moniteur du 45 août 4798.
2 Prudhomme, Révolutions de Paris , l. XV, p. i7.
3 Ibid , p. 51.
4 Ibid., p. 84.
» Ibid.
nement, dans les assemblées, dans les dobs ; makla foi, la décence, le patriotisme et T honneur étaient dans le pays.
Il serait trop long, et sans véritaUe intérêt ^ de faire connaître par le détail ce théâtre, philosophique et révolutionnaire, destiné, par la censure des Comités, à diriger l'esprit public dans la voie des idées républicaines. Nous ne citerons qu'une comédie, jouée au théâtre de la République, au mois d'octobre 1793, et un opéra-comique, joué au théâtre de la rue Feydeau, le 6 mars 1794.
La comédie était de Sylvain Maréchal, et avait pour titre le Jugement dernier des rois. En voici l'analyse, d'après le critique de VAlmanach des Muses :
« Un vieillard vénérable, victime du despotisme^ est abandonné depuis vingt ans dans une île déserte et Vulcanisée. Il y gémit sur le crime des tyrans, et a même tracé sur un rocher ces mots qui lui sont chers. Liberté^ Égalité. Tout à coup, il voit débarquer une foule d'étrangers, qui lui annoncent que les peuples de l'Europe ont repris leurs droits , et que tous les despotes ont été détrônés. On a arrêté qu'ils seront déportés dans une île déserte.
» Le vieillard trouve que son île est excellente pour recevoir la cargaison. Alors un sans-culotte de chaque pays amène successivement les rois d'Autriche, de Prusse, d'Angleterre, d'Espagne, de Naples,