‹ Histoire du directoireChapitre 142 sur 241 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

corps fut déposé d'abord sur une estrade, et plus tard dans la crypte même d'où le corps de Mirabeau venait d'être enlevé. Il se trouva un poëte et un musicien pour composer une cantate en Thonneur du cadavre de Marat : ce poëte, c'était Ghénier; et ce musicien, c'était Chérubini.

Voici ce souvenir de l'histoire, que les poètes et les artistes ne sauraient oublier jamais : « Le cortège remis en marche et arrivé au Panthéon, F Institut exécutera, à l'entrée du corps de Marat, une musique mélodieuse, dont le caractère doux et tranquille peindra rimmortalité. Le corps étant déposé, on exécutera un grand chœur à la gloire des martyrs et des défenseurs de la liberté : paroles de Ghénier, musique de Chérubini ^ »

Il est vrai qu'avant de composer des vers en l'honneur du cadavre de Marat, Ghénier avait composé ceux-ci en l'honneur du cadavre de Mirabeau :

Toi que la France désolée Appelle en vain dans ses regrets , Mirabeau , de ton mausolée J*ornerai du moins les cyprès.

Lorsque ta fatale journée , Par chaque printemps ramenée , RenouvMera nos douleurs ^ Je chanterai tes nobles Teilles, EUsSous ic marbre où tu sommeilles Tu sentiras couler mes pleurs '.

« Moniteur du <9 septembre 4794, décret de la Convention sur la fêle funèbre de Marat, 2 Almanach des Muses de 4792 , p. 480.

Eh bien! ce furent des jeunes gens^ habitués du théâtre Feydeau , qui abattirent en moins d'an mois cette puissance formidable de Marat, qui firent exécrer son nom, briser ses statues, et chasser son corps du Panthéon. Ces jeunes gens ont laissé dans l'histoire un nom qui ne périra pas : le nom de Jeunesse dorée.

Qu'était-ce que la jeunesse dorée ? — Les journaux du temps en signalèrent principalement les côtés exagérés, fantasques, et, si l'on veut même, ridicules. La jeunesse dorée portait un habit à collet vert, à basques larges, presque carrées, arrivant à peine aux genoux. Cet habit était boutonné très-serré, avec de gros boutons en losange. Le soulier laissait le pied presque à découvert ; une cravate immense envahissait le visage, etle couvrait jusqu'à la bouche. Une myopie factice, inventée pour échapper aux réquisitions militaires, nécessitait remploi constant de lunettes. Les cheveux, nattés derrière la nuque et relevés avec un peigne, pendaient de chaque côté en longues tresses ou cadenetles, ce qui constituait, avec force poudre et force pommade, ce qu'on appelait la coiffure à la victime. Cette toilette était ccmiplétée par un bâton court et plombé, d'une égale grosseur à ses deux bouts, servant à exercer ou à occuper la souplesse d'une main blanche et parfumée.

Telle était, à l'extérieur, cette jeunesse dorée. Sa parole efféminée contuefôtait avec les jurons des Jaco-

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