LIVRE DIX-S£PTIËIf
bins. £ll6 doDoait sa paole supême; elle parlait de c^ses hi^bles et incoyables. C'était l'affectation de la mignardise opposée à Taffectation de la grossièreté ' • Au fond, la jeunesse dorée, c'était Thonneor, la fierté , la dignité de la France^ se relevant , s'exaltant, hélas! et se vengeant.
Ce fut le 1 5 janvier 1 795, au théâtre Feydeau, que la jeunesse dorée fit entendre ses premiers cris contre Marat. Dénoncée , dès le matin , à la Convention par Clauzel, sa démonstration n'eut pas de suite ^. Le 31 , les cris : A bas Marat/ recommencèrent ; et le buste de Marat, placé sur une console aux premières loges, fut abattu^. Aucune loi n'ordonnait l'exposition des bustes de Marat dans les lieux publics; c'étaient les clubs qui l'avaient imposée à l'opinion publique. Le Comité de sûreté générale fit arrêter quelques jeunes gens et ordonna que le buste fût relevé.
La lutte était dès lors engagée, et le droit, la raison, la pudeur se trouvaient évidemment du côté de la jeunesse. Les clubs pouvaient adorer Marat; mais il était odieux et ridicule de prétendre impeser son culte à ses victimes. Le 2 février, l'opinion publique fit explosion . Marat fut de nouveau abattu , non-seule-
^ Voir VD portrait (te la Jsuneise dorée dans le Journal de Paris du 44 juillet 4795, reproduit par Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolulicn, t. xxxvi, p. 545.
* Moniteur du 47 janvier 4795.
3 Moniteur du 4 février 47Ç5.
ment au théâtre Feydeau, mais au théâtre de la Montansier et au théâtre de la République ' ; et, ce qui était caractéristique , le peuple s'en mêla. Pendant qu'on brisait les bustes des théâtres, des enfants en promenaient un aux flambeaux, dans la rue Montmartre, aux applaudissements de la foule accourue, et le jetaient dans Tégout en criant : Marat^ voilà ton Panthéon ^l
Qu'on le remarque bien, ce n'était pas la jeunesse dorée, comme le disent les historiens, qui jetaitle buste de Marat à l'égout : c'était le peuple. La jeunesse dorée avait donné Télan dans les théâtres; le peuple, à la même heure, le suivait dans les rues.
Ces faits, par l'immense et enthousiaste approbation qu'ils trouvèrent dans les âmes, produisirent une sensation générale et profonde. La Convention sentit que la France se réveillait; et elle adopta, le 8 février, sur la proposition de ses comités, deux mesures décisives : elle fit enlever tous les bustes de Marat exposés dans les lieux publics, et rendit un décret qui, avec des termes détournés et modérés, chassait Marat et Lepelletier du Panthéon ^
Le décret sur les bustes, rendu à la séance du 8 février, fut exécuté, dans la Convention, même avant l'ouverture de la séance du 9.
« Avant l'ouverture de la séance, dit le Moniteur ^
^ Moniteur du 5 février 4795.
2 Ibid.
3 Moniteur du \0 février 4795.