LIVRE DIX-SEPTJÈME
OQ enlève les bustes de Marat, de Lepelletier, de Beauvais, et de Dampierre , ainsi que les deux tableaux de la composition de David représentant Lepelletier et Marat. Le buste de Brutus reste seul sur le piédestal qui supportait l'image du patron des buveurs de sang.
» Quelques femmes, habituées de Tune des tribunes, tâchent en vain de troubler par leurs vociférations cette exécution du décret d'hier. Leurs cris de fureur sont étouffés par les acclamations universelles : Vive la République! à bas les furies de h guillotine ', » Le Comité de surveillance fit exécuter, avec la même fermeté et dans le plus grand mystère, Tenlèvement des corps de Marat et de Lepelletier des caveaux du Panthéon. Les livres sur la révolution et les biographies disent unanimement de Marat, comme de Mirabeau, que son cadavre fut traîné et insulté par la populace : c'est une profonde et double erreur. Les restes de Marat ne furent pas plus insultés que ceux de Mirabeau. Il y a plus, les précautions prises pour éviter un tumulte furent telles, qu'il nous a été impossible jusqu'ici de découvrir par qui et comment le corps de Marat fut enlevé, et ce qu'on en fit. Sa place est vide : voilà tout ce que nous avons pu constater. L'opinion de Paris se rua, avec sa fougue impétueuse, contre ce même Marat, devant Tautel duquel les plus belles femmes s'étaient prosternées *au reposoir du Luxembourg. Le 9 février, les éternelles sec-
* Moniteur du ^ < février 4795.
lions défilèrent devant la Convention ^ jetant M Y Ami du Peuple lenrsr imprécations et lears injures ^ . De son c6téy le penple mettait partent la main à l'œuvre^ et effaçait avec farie les traces et les souvenirs de Marat.
«Dès hier, dit le Moniteur à la date du 10, on commença à abattre la pagode élevée à ce mauvais génie sur la place du Carrousel* Une foule de citoyens environne les ouvriers et s'empresse de les aider dans ce travail.
» Avant-hier, dans la matinée, malgré les ^orts de quelques terroristes, le buste avait été renversé à la Halle. Un boucher le couvrit d'abord de sang, pour montrer Marat avec l'attribut qui lui convenait *. »
Enfin, le 1 0 février, la révolution était accomplie; les rues étaient inondées de colporteurs vendant avec des cris aigus : Les crimes de Jean-Paul Marat ' /
C'est au théâtre Feydeau qu'éclata, comme nous l'avons dit, le retour de l'opinion publique contre la Terreur et contre Marat. Ce théâtre était, avec le théâtre de la rue Favart, celui qui attirait particulièrement la société élégante, alors plus que jamais soumise à l'influence des femmes.
Le théâtre Feydeau était situé sur le terrain occupé aujourd'hui par la partie de la rue de la Bourse comprise entre la rue des Colonneset la place de la Bourse.
1 ifomiéur du 40 février 479S.
* Moniteur du \K février 4795.
3 Moniteur ÙM 42 février.
UYBE DUL-SfiPTlÈME. zm
Il avait {K^rtéy ayaat la révoUrtion., le aom de Comédie^Frunçaise^ par opposkicm aiD tàéàÉre de la rue Favarty qui s'appelait ComécUe'Ua^nm. Ou jouait également, sur le théâtre de la rue Feydeau, la comédie et ropéraH^nûqtte.
Le persoouûl du théâtre Feydaaii réujiissaîi, sow le Dir^ectoire, les talents le& pki& élevés vet les ptuspo pulakes. La coiiaédie était jouée, par Fleury, Vaahove, d'Azincourt^ Caumont^ Itemas^ Cbafirille, Armand et Gérard; et par Mmes Contât, Lachassaigne^ Suin, Devienne, Lange et Mars. L'opéra était joué par^ Juliet, Lesage, Gaveaux, Narbonne, Saint-Léon, Dessaules, Vallière, Darcourt, Darius; et par MmesSelo, Rolandeau, Rosine, Lesage, Verteuil et Gavaudan *.
Le théiktre de la reeFavart, ou la Comédie-Italienne, avait également joué, avant la révolution, la comédie et ropér»-comique. Ce théâtre s'était réduit à ce dernier genre, sous le Directoire, et il le porta alors, en raison des compositeurs et des acteurs, au plus haut point d'éclat et de .renommée où il soit jamais parvenu. Les acteurs du théâtre Fàvart étaient, à cette époque : Michu, SoUier, Philippe, Chenard, Granger, Dozainville, Martin, Ellêviou, Saint-Aubin, Valleville et Gavaudan; et les actrices: Mmes Dugazon, Saint- Aubin, Crétu, Philippe, Desbrosses, Gontier, Carline, Schreutzer, Jenny, Trial, Armand etd'Avrigny *.
* Berlin d'Anlilly, le Thé, n»71, 25 juin 17^. 2 Ibid.
Un préjugé tout à fait mod^ne fait considérer, en France, ropéra-comique comme un genre national. Ce préjugé est fondé sur une sorte de jeu de mots. Lorsque les théâtres changèrent de nom, en 1793, pour prendre des appellations républicaines, la Comédie-Italienne fut nommée Opéra-Comique-Nattonal, ci-devant Théâtre-ltalien. Sans doute l'opéra-comique a pris en France une importance qu'il n'a eue nulle part ailleurs; mais il n'en est pas moins pour cela un genre d'origine italienne, importé en France par des comédiens italiens.
Personne ne nous demandera de dresser le bilan de la littérature dramatique, sous la Terreur ou sous le Directoire. Les lettres n'avaient rien à voir dans ces parades dites patriotiques, où ce qu'on nommait le sans-cuhttisme remplaçait avantageusement le talent. Et d'ailleurs, dans le nombre fort restreint des œuvres qui n'étaient pas de circonstance , que trouverions-nous? Nous trouverions ;
En 1793 ,. Paméla ou la vertu récompensée , de François
de Neufchâteau; En 1794, Épicharis et Néron, de Legouvé, et Timo-
léon , de Chénier ; En 1795 , Abufar ou la famille arabe, de Ducis ; En 1796 , le Lévite d'Éphrcûim, de Lcmercier, et Oscar,
fih d'Ossian, d'Arnault; En 1798, Agamemnon, deLemercier, ei les Projets de
mariage^ de Daval; Et en 1799, Blanche et Montcassin, d'Amault.