LIVRE DEUXIÈME
barets de la Franche-Comté, du Comtat et de la principauté d'Orange, ces vizirs subalternes prenaient des victimes à la hauteur de leur propre situation. C'est ainsi que le peuple était livré au bourreau sous le gouvernement de la populace.
Si l'on passe du raisonnement aux chiffres, on trouve en effet que c'est surtout le peuple laborieux et honnête qui alimenta le travail de la guillotine, et que, pour un prêtre ou pour un noble, il périt au moins vingt ouvriers.
Prudhomme, un ami de Danton , avait entrepris le dépouillement du procès de tous les malheureux envoyés à la mort par les tribunaux révolutionnaires; mais il ne poussa son travail que jusqu'à douze mille dossiers. Tout imparfaite qu'elle soit, cette œuvre est d'une importance capitale, car elle permet de faire le classement des victimes de la révolution. Voici donc, rangés par catégories, les contingents que, sur douze mille victimes, quinze classes de la société fournirent au bourreau :
Paysans^ laboureurs , garçons de charrue. 3,871 Ouvriers d'état, maçons, charrons, charpentiers, tailleurs, forgerons. . . ., 2,212
Bourgeois, petits rentiers 1,273
Prêtres, religieux 767
Soldats 715
Femmes, filles, servantes, couturières. 718
Nobles, émigrés; 639
Avocats, procureurs^ notaires, huissiers. 585
38 HISTOIRE DU DIEECTOIRE.
Report. • . 10,780
Fabricants, négociants^ commis. . . . 539 Domestiques , cabaretiers , marchands de
\in 156
Médecins, chirurgiens 76
Matelots 73
Instituteurs 49
Hommes de lettres 46
Comédiens 21
Total *. 11,740
Comme on le voit, les paysans, les ouvriers^ les petits rentiers occupent le premier rang de cette liste funèbre; les prêtres n'y viennent qu'au quatrième, et les nobles qu'au septième.
Deux mois avant le 9 thermidor , les prisons de Paris renfermaient deux mille paysans, destinés à la guillotine. La chute de Robespierre délivra J>oum CENTS de ces malheureux *.
^ Voyez le curieux ouvrage de Pmdhomme intitulé Dictionnaire des individus envoyés à la mori judiciairement^ révolutionnairement et contre-révolutionnairement.
' Ce fait fut établi au procès de Fouquier-Tînville. Voici à ce sujet la déposition de Toutin, 73* témoin, secrétaire du parquet du tribunal révolutionnaire : « Deux mois avant le 9 thermidor , les pièces des procédures des gultivatiihis ont ^lé mises à Técart. Fouquier sollicitait une loi en faveur de ces infortunés qui étaient au nombre d'environ deux mille ; et plus de douze cents, dont on a écarté les procès, ont été mis en liberté après le 9 thermidor. » ^BuUetin du Tribunal révolutionnaire , ^rwsbs de Fouqoier-Tinville , n* ai .