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LIVRE DIX-HUITIÈME

Tout portait^ comme nous le disions, ce caractère d'aventure que les révolutions donnent aux affaires, aux hommes et aux pouvoirs,

« L'étoffe, la coiffure, le divorce et la banqueroute du jour, dit un contemporain , fournissent à son entretien.

f) L'art de dire des riens, cet art dans lequel nous excellions jadis, revient à la mode, et, à Tagrément près, se perfectionne de jour en jour.

» On s'habille, on prend le cours, on dîne copieusement, on fait une bouillotte, on se promène en carrick ; on revient pour le thé, on cause sans se répondre, on bâille à se fendre la mâchoire, et l'on va se coucher, pour recommencer le même cercle le lendemain et les jours suivants.

» Telle est la vie de ce qu'on appelle aujourd'hui le beau monde de Paris.

» Qu'est-ce que le beau monde? — Je n'en sais rien ; mais vous le trouvez rassemblé sous différents costumes, et avec autant de tons différents, chez les citoyens Barras^ Talleyrand, Antonelle, Ouvrard, et chez Mmes de Staël, Tallien et de Viennai.

» — Que fait-on chez Mme de Viennai ? — On joue.

» — Chez madame Tallien ? — On négocie.

» — Chez madame de Staël ? — On s'arrange.

» — Chez Ouvrard? — On calcule.

» — Chez Antonelle ? — On conspire.

)) — Chez Talleyrand? — On persifle.

» — Chez Barras? — On voit venir.

» — A Tivoli? — On danse.

» On se lève à dix heures, on dtne à cinq, on se couche à minait , après avoir parcouru cinq à six jardins en été, et trois spectacles en hiver,

» Les petits spectacles sont toujours pleins; les grands toujours vides. Depuis que TOdéon est brôié, les Français jouent partout; les Français d'aujourd'hui sont à peine les Variétés d'autrefois.

» L'Opéra est fermé six fois par an, en attendant qu'on le brûle avec la Bibliothèque'nationale.

» Les laquais reparaissent derrière les voitures ; et séduits par l'exemple, ils sont souvent tentés de monter à côtéjde leurs maître».

» Le dimanche est toujours chômé, malgré les efforts réunis de la Décade, de la police et du Journal de Paris.

» On se marie pour rire devant les municipalités ; huit jours après on divorce; im plaide pendant deux ans, on s'aigrit, on meurt d'indigestion on de chagrin.... et Ton jette les morts à la voirie.

» On joue beaucoup ; f peut-être n'a-t-on jamais joué si gros jeu : l'amour excessif du vin et du jeu est une suite nécessaire des révolutions. Rien n'est si commun que de voir des soldats jouer le produit de trois campagnes dans une maison de trente et quarante.

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