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LIVRE DEUXIÈME

des baux de tous les fermiers , une contribution sur les riches ; déclarant qu'ils se mettaient en état d'insurrection, jusqu'à ce que leurs demandes eussent été décrétées '.

Comme la populace était la force de la Convention, il fallut bien se soumettre à ce faubourg Saint-Antoine, qui avait servi au 14 juillet, au 20 juin, au iO août, et qui allait servir encore au 31 mai. La Convention s'humilia donc devant ses maîtres; et le 3 mai, rétablissement du maœimum^ en matière de subsistances, fut décrété en principe*.

Ce décret fut le commencement d'une tyrannie monstrueuse qui pesa sur les populations agricoles. Chaque famille fut soumise à un recensement de ses grains , ainsi qu'à l'obligation de porter au marché qui lui était désigné les quantités constituant un superflu jusqu'à la prochaine récolte. En même temps, les administrations des districts et des départements établissaient un prix moyen des denrées , auquel les producteurs étaient obligés de les livrer, sous peine de l'amende, de la confiscation et de la mort. Les délateurs n'étaient pas oubliés dans le décret ; ils y avaient mille francs d'amende, pour tout propriétaire ou fermier qu'ils dénonceraient.

Jusqu'ici, on ruinait la production des grains, c'est

^ Moniteur du 3 mai 4793, séance de la Convention du 4««'. Danton, qui préparait le 34 mai contre les Girondins, défendit les pétitionnaires.

^ Moniteur du 6 mai 4793, séance de la Convention du 3.

it HISTOIRE DU DIECCTOIRE.

vrai 9 en Tobiigeaat à vendre à perte , sous peine de la gaillotioe; mais on ne faisait pas les a&ires deft promoteurs de la mesure, et ce fut à recommencer.

Saint-Just, le 10 octobre 1793, etBarrère, le 22 novembre, firent faire au maœimum un pas immense et décisif, et en tirèrent ce qu'il cQuteoait réellement, un système de communisme administratif.

Par le décret de Saint-Just, toute la portion des subsistances qui n'était pas nécessaire à la ocnisommation des familles était à la dispositiim du gouver*nement, sous le coup des réquièitions d'un comité général des subsistances, voté en principe le 1 0 octobre \ et constitué le 26 ^.

Par le décret de Barrère, le comité des subsistances fut armé du droit de préhemkm sur toutes les marchandises quelconques, déposées chez les marchands ou fabricants % en les payant au prix qu'il convenait à ce même comité de fixer; et pour qu'on n'équivoquât pas sur la portée de ce décret, son texte en soumettait Fexécution à tous les comités révolutionnaires.

Ainsi, le gouvernement mettait la main sur lomteB les denrées, sur tous les produits; il les prenait et il les cédait , à des prix qu'il déterminait lui-méflue.

Ceci porta le comble au désordre commercial de la France , parce que les comités populaires se substi-

1 Moniteur du Kk octobre I79i, téoooe de la Con?efitioQ da 4f. * Moniteur du 28 octobre 4793, séance de ia Conventio* fki 86. 3 Moniteur du U décanbre 4793, séance de la G^Teilkm du 22.

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tuèrent ^aéralemeiit à Tactba du gouvernemeut , et dressèrent partout des tableaux de nukoomum à leur guise. On compta jusqu'à six cents maximum, existant à la fois pour la même denrée ou pour la même marchandise ^

Enfin, le système fut complété par un tableau général de maximum présenté à la Convention par Barrère^ au nom de la commission des douze^ et décrété le 21 février 1794*.

Dès ce moment, toutes les denrées, toutes les marchandises, toutes les processions farent, par \di préhension de Barrère ou par la réquisition de Saint-ïust, entre les mains du gouvernement. Le comité des subsistances et du commerce prenait et portait où il voulait des grains, des farines, des chevaux, des bœufs, des toiles, des souliers; et l'État nourrissait, vêtissait, voiturait et chaussait les citoyens , ou du moins il était censé le faire.

C'est sous, ce régime insensé que la France vécut jusqu'au 23 décembre 1?9i. U tomba avec la terreur et avec Tautorité de la guillotine.

Deux sortes de conséquences découl^ent natorellem^t de la pratique de ce communisme : d'nncôté, les agents du gouvernement et les sociétés populaires se firent du droit de réquisition et du droit de préhet^ ^on un instrument de dilapidation et de brigandage ;

< M&fduwr du 23 février A19h, téanœ de la Gooifttttâim du U^ discours de Barrère.

^ Moniteur du %l et du 23 fév. \ 794, aéaooe de ia Ck^nve^Ufifn^u^^ •

de Tantre, les conditions de la production agricole et manafactarière se trouvant bouleversées de fond en comble, les marchandises et les denrées se raréfièrent, leur prix s'éleva hors de toute ipesure, et il y eut, pendant près de trois ans, une véritable famine dans toute la France.

Il serait inutile d'insister longuement pour établir comment cinquante mille comités révolutionnaires, semés sur toute l'étendue de la République, composés généralement de bandits, et armés du droit de préhension , durent naturellement mettre la main sur tout ce qui était à leur convenance et à celle de leurs amis. Les témoignages d'ailleurs ne seraient pas rares, et l'on n'aurait que l'embarras du choix'. Ces patriotes mettaient même dans le vol un cynisme qui ne pouvait venir que de la certitude d'une complète impunité. Ainsi, le député Blutelput citer, comme un fait dont il avait été témoin, la préhension exercée par le comité révolutionnaire de Bayonne sur une énorme quantité de pièces de mousseline, portées sur les registres cx)mme ayant servi à faire des culottes aux défenseurs de la patrie *. Certes, quand les soldats de la République avaient la bonne fortune d'être vêtus, ils l'étaient étrangement; mais on conviendra que des culottes de mousseline constituaient un vêtement par-

* Voir, pour les brigandages exercés à l'aide du droit de préhensioHy le Moniteur du 42 juillet 4795, séance de la ConTention du 8, discours de Johannot.

^ /6id.y discours de Blutel.

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