LIVRE DEUXIÈME
faitement improbable poar les dragons du Texel ^ ou pour les grenadiers de Sambre-et-Meuse.
La loi du maximum changeait et empirait les conditions fondamentales de la production agricole et manufacturière, en ce qu'elle ne tenait compte ni du changement survenu dans la fortune publique, ni de la disparition de la confiance, ni de la hausse de la main-d'œuvre, ni de la rareté et de la cherté des capitaux.
Ainsi, la valeur du cuir avait doublé; la journée des ouvriers d'état qui, en 1789, était de cinquante sous en province, s'était élevée à quatre francs, et les souliers valaient douze francs^ au lieu de six ^
Ainsi, le drap qui, en 1789, coûtait trente-six francs l'aune, en coûtait soixante en 1793; et la valeur de Vhabit était montée de soixante francs à cent quatre-vingts *.
La même révolution s'était opérée dans la production asricole. Le cheval de trait et de labour coûtait douze et quinze cents francs en 1 793 , au lieu de trois cents qu'il en coûtait en 1789^
Un soc de charrue, au lieu de cinquante sous, coûtait trente-deux francs*.
Le salaire du journalier de terre était monté de
1 Moniteur dii 3 mai 1793, séance de la Convention du 30 avril, discours de Ducos.
^ Ibid.
3 Ibid,
^ Moniteur âiï 26 décembre 179if séance de la Convention du 23, discours de Beffroy.
iê HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
TÎBgtsotrd à dix francs, et les gages da domestique de ferme de cent francs à sept caits ^ .
Tom ces changements, rénnis à Finquiétude gé- Bérale, à Tincertitnde de FaTenir, à la violence an régime révolutionnaire, aux taxes arbitraires et abusives, avaient donc ralenti la production de tous les objets nécessaires à la vie. Le maœimum Tarréta tout court, en la rendant ruineuse. A quoi bon produire, pour perdre, sans espoir de bénéfice, le capital employé à la production elle-même ?
C'est alors que la faim se présmita partout^ dans les villes, dans les campagnes, comme une conséquence naturelle de la politique du gouvernement. Dans la Beauce, le sac de blé s'éleva à deux cents francs ^; la moitié de la France n'avait, en faible quantité, que du pain d'avoine' ; à Rouen, la livre de ce pain s'éleva, comme on Fa vu, à vingt-cinq francs ^ ; et les pommes de terre, quoique encore peu estimées, furent payées plus de quatre-vingts francs le boisseau*. Les malheureux orphelins, qu'on avait décorés du nom d'Enfants de la Patrie , étaient abandonnés dans les hospices à la
1 Moniteur du 26 décembre 4794, séance de la Convention du 23, discours de Pelet.
* Moniteur du 5 mai 4793, séance de la Convention du S, discours de Chasles.
' Moniteur du 96 décembre 4794, sésmce de la Convention du 23, discours de Ricbaud.
^ Moniteur du 3 novembre 4795, séance de la Convention du 25 octobre, discours de Hardy.
* Moniteur du 24 octobre 4796, séance de la Convention du 48, discours de Louchet.