‹ Histoire du directoireChapitre 176 sur 241 · LIVRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIÈME

dait. Eugénie se mit à pleurer en voyant Tépée de son père. Le général en fat touché, et lui téniotgQa tant de bt^iveiriaiice, que madame de Beaub^irnais se crut obligée de se rendre chez lui, le lendemain, poiar lui en faire des remerciments.

» Chacun connaît la grâce extrême de Timpératrice Joséphine, ses manières douces et attrayantes. La connaissance devint bientôt intime et tendre, et ils ne tardèrent pas à se marier *.

Joséphine avait un notaire fort rangé, fort exact, dévoué à ses clients, surveillant leurs intérêts et les épousant en toute occasion avec un zèle inexorable- Ce notaire trouva que le commandant de la dix-septième division militaire, sans nom, sans fortune, pris au tas des généraux qui encombraient alors le ministère de la guerre, la plupart nommés par les soldats ou par les clubs, constituait pour madame de Beauharnais un parti fort mince. Il réclama , il insista , faisant remarquer à sa cliente quelle folie c'était d'épouser un homme qui n'avait que la cape et Vépée. Joséphine écouta, rit^ fit rire Bonaparte, et se maria le 8 mars 1796.

Huit ans plus tard, le 2 décembre 1804, pendant que Joséphine, alors impératrice, était entre les mains de ses dames d'atour, qui lui passaient le costume du sacre. Napoléon manda , avec le plus grand sérieux, l'ancien notaire de Joséphine, auquel il avait conféré une dignité; et, le conduisant dans la salle

* Monlholoa, Mémoires écrits à Sainte-Hélène^ t. III, p. ii9.

da trône, où étaient le manteau impérial et Tépée de Charlemagne, tirée da trésor d'Aix-la-Chapelle, il les lui montra en lui disant : Monsieur, voilà la cape, et voUà Vépéet et il rit beaucoup, pour le notaire qui ne riait pas, de cette plaisanterie qu'il était heureox d'avoir trouvée.

XIT.

Tel était le monde de fêtes, de plaisirs, de causeries, de bals, de belles femmes , d'hommes spirituels et hardis dont Barras avait fait son département dans l'administration du Directoire ; et ce lot, en apparence futile, lui donna la direction suprême , si bien que c'est à lui, non àCarnot, à Reubell, ou à Sieyès, que les partis s'adressèrent, quand ils conçurent la pensée de gagner le Directoire pour gagner le gouvernement.

« Non , Sire , écrivait à Louis XVIII le marquis de La Maisonfort au mois d'octobre 1799, à la suite des premières ouvertures faites à Barras par les agents royalistes, ce n'est plus ici une misérable conspiration qui se trame par des particuliers sans moyens, sans alentours, sans puissance, sans connaissance profonde du flux et du reflux des factions. C'est /e chef du gouvernement, c'est l'homme presque assis à votre place qui vous l'ofiFre; c'est celui des cinq qui a le plus d'énergie, c'est celui qui, dans ce moment, a le plus de prépondérance, et i;elui qui, dans le partage du pouvoir, a la surveillance de tous les complots et la grande police de la République; c'est celui contre lequel on

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