LIVRE DIX-HUITIÈME
» Je n'oublierai jamais les services de MM. Monnier et Botot ;
ce que je ferai pour eux, s'ils réussissent, sera la moindre de
leurs récompenses. La gloire qui s'attachera à leurs noms en est
une bien supérieure à toute autre ^
» Signé , Louis. »
Barras joua, comme on dit, très-serré dans cette négociation. II avait dit, dès le mois de septembre, à David Monnier, dans un jardin, rue deBabylone : — «Mes plans sont faits; j'en ai cinq : nous choisirons. Il est temps de finir tout ceci, qui s'écroulera un jour. Partez; je m'expliquerai quand on se sera expliqué; — indemnité et sûreté, voilà ce que je demande *. 5)
Ce n'est pas wir la parole de Louis XVUI que por~ taient les doutes de Barras, c'était sur Ba puissance. Il craignait qu'une fois rétabli sur le trône^ les haines du parti royaliste et les nécessités de la politique n'obligeassent le roi à le sacrifier. On vwra que Camot avait la méiBe crainte, ainsi que tous les régicides ; et ce fut ce sentiment, général parmi les révolutionnaires, qui leur fit imaginer la combinaison de l'Orléanismcj avec laquelle ils auraient eu une royauté nécessairement indulgente, puisqu'elle aurait été leur complice. Sans cette terreur, assez naturelle et que le temps ne se chargea que trop de justifier, il n'est pas permis de douter que les plus ardents révo-
* Fauche-Borel, Mémoires, t. II, p. 238 2/6id., p. 224.
lutionnaires, éclairés par Texpérience, n'eussent relevé de leurs mains la monarchie qu'ils avaient abattue.
Toutes les précautions de Barras, acceptées par Louis XVIII , ne purent pas aller au delà de lettres patentes, délivrées à Mitlau le 8 mai 1 799, avec la signature du roi , le contre-seing de M. de Saint-Priest et le sceau de l'État. En voici l'analyse, d'après Toriginal, resté aux mains de Fauche-Borel, et rendu à Barras en 1814 :
(( Les lettres patentes avaient pour base les demandes faites au nom de Paul Barras, qui consentait à rétablir la monarchie , dans la personne de S. M. Louis XVIII.
» Sa Majesté se chargeait de satisfaire aux deux premières conditions en faveur de M. Paul Barras, savoir : Sûreté et indemnité.
» Sûretéy en engageant sa parole sacrée de s'interposer entre Paul Barras et tout tribunal quelconque qui voudrait connaître de ses opinions, de ses votes et de sa vie passée, et d'annuler, par son pouvoir souverain, toute recherche à cet égard.
» Indemnité^ en lui promettant et en lui assurant le payement d'une somme au moins équivalant à celle que pourraient lui valoir deux années d'exercice encore au Directoire; cette somme était évaluée largement à douze millions^ y compris les deux mil-