LIVRE DEUXIÈME
[dus affreuse misère; radininistration n'avait pas de quoi payer le lait de ces pauvres petites créatures; les treize quatorzièmes moururent; et il fat constaté à la tribaae qu'ils étaient mm^ts de faim ' !
Cest au milieu de ces effroyables circonstances que le CcHuité de salut public annonça, le 21 février i 794, dans les termes suivants, à la Convention, une mesure destinée à dépasser les ctenières limites du ridi- Qule, s'il était possible de rire en présence d'ui^ nation livrée à la famine.
« Nous ne viendrons pas , dit Barrage , comme des capucins politiques » instituer au milieu des besoins m>mbreux de la République ce qu'on appelait ridiculement un carême Ce n'est pas aux législateurs à
imiter les prêtres ; ce n'est pas à la Convention nationale à faire ce que Moïse et le pape ont fait. Les juifs et les catholiques faisaient par force ce que des républicains feront par amour pour la liberté. Le Comité vous proposera, dans peu , des mesures économiques et analogues aux circonstances'. »
Ces mesures ainsi annoncées, c'était, quoi qu'en eût dit Barrère, l'établissement d'un nouveau carême, avec jeûne, décoré du nom de Carême ovique. Le mot y est ! En attendant les résolutions du
* DiioouFS de Doaiieux au conseil des Anciens, cité par sir Francis dTvernoy, Tableau des pertes qu$ la révolution a fait éprouver à la France, t. I, p. 33.
• Moniteur du 353 fév. 47^1, séance de la Convention do 21, rapport de Barrère sur le maximum.
Comité, Barrère mt;2Ïai7 les républicains à commencer immédiatement les abstinences.
Voilà à quel réveil avaient abouti les rêves de félicité dont la politique des démagogues avait bercé le peuple crédule. Au lieu de Tabondance, il avait en perspective la faim ; et le paradis de délices qu'on lui avait promis se résolvait en un carême. On avait beau donner à cette abstinence le nom de civique. C'était d'abord une privation ; c'était ensuite une privation forcée, à laquelle personne n'avait aucun mérite.
La commune de Paris envoya des commissaires dans les départements pour prêcher le carême civique. Le rapport qu'ils firent au conseil général, le 6 mars 1 794 , prouve que la famine était générale. « Dans un moment orageux , dit un commissaire, dans un moment de disette, car elle existe, et personne n'en doit douter, de vrais républicains doivent faire des sacrifices. Ils doivent se montrer dignes de la cause qu'ils défendent, en apprenant à ces égoïstes, à ces accapareurs, que leur patience ne se lassera jamais, et qu'ils sauront se contenter de pain et d'eau \ » Une rumeur fort significative s'éleva des tribunes, occupées néanmoins par les tricoteuses et par la fine fleur des dévots de Marat et de Chaumette; mais le bon sens était plus fort que la République; et le peuple sentait que ce n'était pas la peine d'avoir aboli le carême passager et volontaire de l'Église, pour lui substituer le carême indéfini et fwcé du Comité de salut public.
^ Moniteur du 9 mars 1794.