LIVRE DIX-NEUTIÈME. |4I
Protée atœable , doux piHSoo ,
Source de mal et d'aise , SouYeiit dupe et toujours fripon :
Sérieuse fadaise.
Qui blesse avec des traits dorés, Brise en riant des noeuds sacrés ,
Nous vexe et nous apaise ;
Q« parfois émeut la pitié,
Parfois bénit sa chaîne, Tantôt ressemble à l'amitié
Et tantôt à la haine , Qui s'aKraente de rigueurs , Exi^re m comUe des fa? ei»rs ,
Feu céleste » ombre vaine.
Cette poésie dépaase un peo , comme on yoit, M. Barbichon et madame Fagotin , mais sans arriver néanmoins an tour recherché et galant do madrigal suivant de Robespierre :
A OPHÉUE.
Crois-moi , jeune et belle Ophélie , Quoi qu'en dise le monde et malgré ton miroir, Contente d'être belle et de n'en rien savoir,
Garde toujours ta modestie ;
Sur le pouToir de tes appas
Demeure toujours alarmée;
Tu n'en seras que mieux aimée
Si tu crains de ne l'être pas ^
Lorsque Voltaire vantait le gouvernement des philosophes comme le règne futur des lumières , il ne • Les Actes des Apôtres, t. ï, p. 40.
|4t HISTOIRE DU DIRBCTOIRE.
prévoyait pas les vers de Robespierre et de Carnot ; et si la révélation avait été jaste, elle n'aurait pas détroit les objets d'art du temps de Louis XV et de Louis XIV, n'ayant à mettre à leur place que \e^ poésies du Comité de salut public.
Ce fut le déparlement du Pas-de-Calais, où il s'était marié, qui envoya Carnot à l'Assemblée législative, ainsi qu'un de ses frères, capitaine, comme lui, au corps royal du génie, et qu'on appelait Carnot-Feuillens. Les deux frères portèrent à l'Assemblée les opinions de Topposition d'alors , c'est-à-dire les opinions constitutionnelles. C'était le temps où Danton et Robespierre défendaient le trône et les institutions de 4791.
Au mois d'avril 1792, Carnot, chargé d'un rapport à rAssemblée sur le massacre de Tbéobald de Dillon, montrait à ceux qui s'effrayaient de l'avenir, la Constitution comme un refuge : « La nation est là, disait-il, qui veut la Constitution tout entière, et qui ne souffrira pas que, ni par la force des armes, ni par les voies obliques d'une politique tortueuse , un seul mot en soit effacé. » Son frère tenait alors le même langage au sujet de la garde constitutionnelle de Louis XVI : « Le moment est arrivé , disait-il, de nous presser autour de la Constitution qui, seule, peut nous sauver. Aux termes de cette Constitution, le roi a droit d'avoir une garde; et je ne pense pas qu'il vous soit permis de la licencier , mais vous pouvez la suspendre provisoirement. »