‹ Histoire du directoireChapitre 184 sur 241 · LIVRE DIX-NEDVIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEDVIÈMB

Qui changea les principes des frères Carnot , et , de deux royalistes constitutionnels convaincus, en fit deux républicains ardents ? — Ce fut ce qui changea Pétion, Brissot, Danton, Robespierre, l'occasion et Tenvie de dominer, même sur des ruines.

L'importance politique de Carnot ne date véritablement que de son entrée au Comité de salut public , le 14 août 1793. Il y fut appelé, avec Prieur (de la Côte-d'Or), sur la proposition Barère, qui avait avec lui plus d'un rapport littéraire et moral \ et il y fut chargé spécialement, pendant deux ans, de ce qui touchait à la formation, à l'entretien et à la direction des armées.

On conçoit, en effet, que Barère, Granet, Billaud* Varennes, Collot-d'Herbois , Jean Bon-Saint-André, Cou thon, Thuriot de la Rosière, Saint- Just, Prieur (de la Marne), Héraut de Séchelles, Robert Lindet et Robespierre, membres du Comité de salut public, lors de sa première et sérieuse organisation , se trouvassent quelque peu novices pour diriger et soutenir une guerre européenne; mais il fallait la haine de ce temps contre toutes les illustrations éprouvées, pour avoir eu la pensée de mettre une œuvre si considérable et si difficile en des mains jusqu'alors inconnues.

En effet, Prieur (de la Côte-d'Or) rendit peu de services : rien ne garantissait alors que Carnot en rendrait de plus nombreux et de plus grands.

* Barrère, Mémoires^ t. H, p. 407.

Caraot n'avait jeté aucaa éclat politique dans T Assemblée l^islative. Ses idées militaires y ayaienl même paru fort étranges , car il avait demandé, le

3 janvier 1 792 , la démolition immédiate de toutes les citadelles du royaume, sons le prétexte qu'elles pouvaient servir de bastilles. Voici les par(4es textoelles de ce futur directeur des opérations militaires de la révolution :

« Je fais la motion expresse d'ordonner la décftoKtion de la citadelle de Perpignan (On murmure). Je n'aurais pas cru qu'ai proposant à des Français , €»

4 793I9 la destruction d'une bastille, je Aisee aussi ittal accueilli. H y a vingt et un ans que je fais le service militaire dans le génie ; je ne parle point en aveugle sur cet objet. Si j'ai apporté quelques sentiments ddns cette assemblée, c'est surtout l'amour de la lib^^té, la haine des tyrans. Je demande donc la destruciî<Mi de toutes les bastilles du royaume (On murmure). Les Français de 1 79S1 ne ressembleraî^it-ils pas aux Frao* çaisde 4789 >?»

On sait que Carnot revint, fort beureuseittait poor la France, de ses préventions oHitre les citadelles; mais de tels principes, qu'il soutint dans les journaux d'alors avec plus d'(^niàtreté que de talent, étaient une singulière recommandation pour un liOMune appelé à la conduite de la guerre^

* Moniteur dû 5 janvier f79t.

Page 1